Communities That Care en Europe
Une prévention qui part des données, pas du programme
Communities That Care est un système qui permet à une communauté d’identifier ce qui met ses jeunes en danger, de choisir des interventions à l’efficacité démontrée, et de mesurer si elles ont fonctionné. L’approche est mise en œuvre en Europe depuis 1998 ; ce site réunit les adaptations européennes.

Les principes de CTC.
Communities That Care incarne une manière scientifiquement fondée et portée par la communauté d’aider chaque enfant et chaque jeune à grandir en sécurité et en bonne santé.
Une approche systématique
CTC s’appuie sur des méthodes structurées qui permettent aux communautés d’agir par elles-mêmes. Le processus CTC en cinq phases relie les données de la recherche à l’expertise locale. Une structure claire et une progression systématique aident les communautés à élaborer et à mettre en œuvre des stratégies de prévention durables.
Un réseau européen
CTC est mis en œuvre en Europe depuis 1998 : d’abord au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, puis en Croatie, à Chypre, en Allemagne et en Suède, depuis 2025 en Estonie et en Irlande, et sous la forme de projets pilotes de l’enquête auprès des jeunes en Autriche, en Grèce et au Portugal. Ces processus ne sont pas tous encore en cours. Ce site consigne, pour chaque pays, ce qui est documenté publiquement, avec les sources et les dates de vérification, et 11 pays figurent déjà sur la carte.
Ce qui fonctionne vraiment
L’efficacité et les données probantes sont au cœur de notre travail. Avec le Modèle du développement social, l’enquête CTC auprès des jeunes, scientifiquement validée, et les registres européens de programmes probants, nous nous appuyons sur des instruments éprouvés. Notre objectif est d’aider les communautés à consacrer leurs ressources limitées à des mesures dont l’efficacité est démontrée.
La prévention, avec méthode.
Communities That Care est une méthode que les communautés utilisent pour planifier et piloter leur travail de prévention. Elle montre où sont les besoins et où sont les forces, et elle installe des programmes efficaces, taillés sur mesure.
- Une analyse locale fondée sur des données, pas sur l’intuition
- Des programmes à l’efficacité démontrée, choisis dans les registres européens et nationaux de programmes probants
- Une coalition intersectorielle réunissant administration, travail social, écoles, police, santé et société civile
- Une mesure reproductible des résultats grâce à l’enquête CTC auprès des jeunes

5 phases · un seul processus
Les cinq phases
De la préparation à l’évaluation. Chaque phase a ses jalons ; aucune n’est omise.
Décider, après un regard honnête sur la communauté, si CTC est le bon instrument, et réunir les personnes et les ressources nécessaires pour commencer.
- La communauté est-elle prête à s’engager ?
- Les conditions sont-elles réunies pour que CTC fonctionne dans cette communauté ?
- Les décideurs locaux clés soutiennent-ils une stratégie de prévention commune ?
- Quelles structures existantes peuvent porter la mise en œuvre ?
Constituer un conseil capable de porter le diagnostic, les priorités, le plan et sa mise en œuvre, et lui donner une vision que la communauté partage.
- Qui dirige, et qui fait le travail ?
- Les personnes qui décident du financement et des priorités sont-elles impliquées ?
- Qui fait vivre le processus CTC localement, semaine après semaine ?
- Les professionnels qui mettront en œuvre le travail sont-ils autour de la table ?
Remplacer les suppositions par des données : quels facteurs de risque sont élevés, quels facteurs de protection sont faibles, où dans la communauté, et ce qui y répond déjà.
- Que disent les données ?
- Quels facteurs de risque sont élevés, et quels facteurs de protection sont faibles ?
- Comment les résultats se situent-ils par rapport aux références régionales ou nationales ?
- Quels sont les deux à cinq facteurs que la communauté va prioriser ?
Transformer les priorités en un plan écrit, financé et approuvé de programmes, politiques et pratiques éprouvés, avec des objectifs mesurables.
- Quelles interventions correspondent aux priorités ?
- Quels programmes et services existants faut-il renforcer ?
- Quels programmes validés, issus d’un registre de programmes probants, permettent de combler les lacunes ?
- Quels objectifs mesurables la communauté se fixe-t-elle ?
- D’où vient le financement, et pour combien de temps ?
Mettre en œuvre les programmes tels qu’ils ont été conçus, mesurer ce qui change, et maintenir le conseil et le financement assez longtemps pour que les effets apparaissent.
- Cela a-t-il fonctionné, et que faut-il changer ensuite ?
- Comment les programmes sont-ils mis en œuvre, avec quelle fidélité et quelle portée ?
- Comment sont-ils ancrés dans les institutions pour perdurer au-delà du projet ?
- Comment les résultats intermédiaires sont-ils mesurés, et comment le plan s’adapte-t-il ?
Ce que les études ont montré
L’effet de Communities That Care a été testé plus rigoureusement que celui de presque tout autre système de prévention communautaire. Les chiffres clés proviennent de la Community Youth Development Study (CYDS) aux États-Unis, l’essai randomisé de long terme le plus solide mené à ce jour sur la prévention communautaire. L’Australie et l’Allemagne montrent ce qui se passe lorsque le modèle voyage.
Résultat principal- +49 %
- probabilité plus élevée d’une abstinence durable des drogues dites passerelles jusqu’à l’âge de 21 ansSource: Oesterle et al. 2018
02- −11 %
- incidence cumulée de la violence plus faible jusqu’à l’âge de 21 ansSource: Oesterle et al. 2018
03- +18 %
- probabilité plus élevée d’avoir durablement évité tout comportement antisocialSource: Oesterle et al. 2018
04- +20 %
- probabilité plus élevée d’être titulaires d’un diplôme universitaire à 23 ansSource: Kuklinski et al. 2021
05- 2,60 AUD
- rapportés pour chaque dollar australien investi dans l’étude australienne de prévention de la consommation d’alcoolSource: Abimanyi-Ochom et al. 2024
Ce que disent les données probantes, y compris là où elles restent limitées
Les données les plus solides proviennent d’un essai randomisé mené dans 24 villes de sept États américains. Des travaux australiens et européens viennent les compléter. Une revue britannique de 2025 a jugé l’effet combiné sur la violence statistiquement incertain et n’a pu s’appuyer sur aucune étude britannique ; CTC a été mis en œuvre au Royaume-Uni pour la dernière fois en 2009. Nous présentons l’ensemble de ces résultats.
- Protocole de l’étude
Community Youth Development Study (CYDS)
24 petites villes de sept États américains (Colorado, Illinois, Kansas, Maine, Oregon, Utah, Washington), appariées en 12 paires et réparties par tirage au sort en 2003 entre CTC et groupe témoin. Une cohorte de 4 407 élèves de cinquième année a été suivie de la cinquième année jusqu’au début de l’âge adulte (23 ans), avec un taux de participation de 76,4 % à l’inclusion et 92,5 % de l’échantillon conservé à la dernière vague de l’adolescence. Les cinq vagues de résultats ci-dessous reposent sur ces données.
- Protocole
- essai contrôlé randomisé en grappes, 12 paires
- Échantillon
- n = 4 407
- Participation
- 76,4 % à l’inclusion
- Rétention
- 92,5 % tout au long de l’adolescence
- Observation
- de la 5e année à 23 ans
- 8e année · économie
Au bout de cinq ans, chaque dollar investi était déjà rentabilisé.
En 8e année, à peine trois ans après le début de la mise en œuvre, la première analyse coûts-bénéfices de CTC montrait un bénéfice net d’environ 5 250 USD par enfant. L’effet tenait avant tout à une première consommation de tabac significativement moins fréquente et à moins de délinquance. Même sous des hypothèses prudentes, chaque dollar dépensé économisait 5,30 USD de coûts sociaux ultérieurs ; sous des hypothèses plus plausibles, 10,23 USD.
- Source
- Kuklinski, Briney, Hawkins & Catalano 2012, Prevention Science
- Bénéfice net
- 5 250 USD par enfant
- Ratio (prudent)
- 1 : 5,30
- Ratio (plausible)
- 1 : 10,23
- Moteurs
- moins de tabac, moins de délinquance
- 8e à 10e année · santé mentale
La santé mentale relève des mêmes facteurs de risque et de protection.
Les symptômes dépressifs partagent la plupart de leurs facteurs de risque et de protection avec la consommation de substances, la délinquance et le comportement antisocial. Une analyse longitudinale de la cohorte CYDS (n = 2 002, 8e et 10e années) a montré que les jeunes qui grandissent dans un environnement familial, scolaire ou communautaire difficile sont plus souvent dépressifs et, en même temps, plus souvent violents ou dépendants. Les auteurs parlent de co-effets : un système de prévention comme CTC, qui réduit ces facteurs communs, peut plausiblement améliorer la santé mentale sans la viser comme résultat principal. L’enquête CTC auprès des jeunes observe ce mécanisme grâce à l’échelle brève de dépression CTC, un instrument validé, ce qui fait de CTC l’un des rares systèmes de prévention communautaire à mesurer les problèmes intériorisés. Il ne s’agit pas pour autant d’un effet établi : le test direct de la dépression et de l’anxiété cliniques à 23 ans n’a trouvé aucune différence entre les deux bras de l’étude (Kuklinski et al. 2021). C’est pourquoi ce chapitre parle de facteurs communs et d’observation, et non d’impact démontré.
- Source
- Monahan, Oesterle, Rhew, Hawkins 2014, J. Community Psychology
- Échantillon
- n = 2 002 (sous-échantillon CYDS)
- Constat
- facteurs de risque et de protection communs
- Confirmé
- de façon transversale et longitudinale
- Instrument
- échelle brève de dépression CTC (Rhew et al. 2016)
- Qualité de l’échelle
- sensibilité/spécificité > 0,8 · AUC 0,91 (N = 3 939)
- 12e année · comportement
Moins de drogues, moins de délinquance, moins de violence jusqu’à la fin de la scolarité.
Au printemps de la 12e année, les jeunes des communautés CTC étaient significativement plus susceptibles que ceux des communautés témoins d’être restés totalement abstinents de toute consommation de drogues, d’alcool et de tabac, et de toute délinquance. Ils étaient aussi moins susceptibles d’avoir jamais été violents. Fait notable, les effets se sont maintenus trois ans après la fin du financement de l’étude.
- Source
- Hawkins, Oesterle, Brown et al. 2014, JAMA Pediatrics
- RR abstinence de drogues
- 1,32 (IC 1,06–1,63)
- RR abstinence d’alcool
- 1,31 (IC 1,09–1,58)
- RR abstinence de tabac
- 1,13 (IC 1,01–1,27)
- RR abstinence de délinquance
- 1,18 (IC 1,03–1,36)
- RR a déjà été violent
- 0,86 (IC 0,76–0,98)
- 21 ans · effets sur la vie entière
Les effets durent jusqu’au début de l’âge adulte.
À 21 ans, environ onze ans après le début de l’intervention, le suivi de la CYDS a confirmé que l’incidence cumulée de la consommation de substances, du comportement antisocial et de la violence reste significativement plus faible dans les communautés CTC. CTC ne prévient pas seulement la première consommation à l’adolescence ; il modifie le profil de risque de cohortes de naissance entières, même longtemps après que les jeunes ont quitté les villes de l’étude. Les résultats portent sur l’abstinence durable et les mesures sur la vie entière ; sur la prévalence au cours des douze derniers mois, l’étude n’a trouvé aucun effet.
- Source
- Oesterle, Kuklinski, Hawkins et al. 2018, AJPH
- Résultat
- incidence cumulée
- Âge au suivi
- 21
- Domaines
- consommation de substances · comportement antisocial · violence
- Signification
- l’effet survit au passage à l’âge adulte
- 23 ans · économie à long terme
Douze ans après le début de l’étude, CTC reste rentable.
À 23 ans, douze ans après l’inclusion, le ratio bénéfices-coûts atteignait environ 1 : 12,88. Cela fait de CTC l’une des rares stratégies de prévention dont le rendement à long terme est documenté sur plusieurs étapes de la vie, de l’âge scolaire à la fin des études et jusqu’au début de l’âge adulte. Les effets positifs sur la consommation de substances et la délinquance persistent.
- Source
- Kuklinski, Oesterle, Briney, Hawkins 2021, Prevention Science
- Ratio
- 1 : 12,88
- Âge au suivi
- 23
- Observation
- 12 ans depuis l’inclusion
- Au fil des vagues
- 1 : 5,30 (8e année) → 1 : 8,22 (12e année) → 1 : 12,88 (23 ans)
- Australie · analyse coûts-bénéfices
L’Australie montre que CTC est rentable aussi hors des États-Unis.
Une analyse coûts-bénéfices des quatre premières communautés CTC australiennes (2001–2015) a cherché à savoir, dans une perspective sociétale restreinte, si la baisse de la consommation d’alcool chez les 10 à 14 ans compense le coût de fonctionnement de CTC. La réponse : 2,60 AUD rapportés pour chaque dollar australien investi, pour un coût moyen de 48 AUD par jeune sur 15 ans contre 123 AUD de coûts ultérieurs évités. L’approche australienne est bien plus prudente que les analyses américaines : elle ne compte qu’un seul résultat (la consommation d’alcool) et uniquement la période d’intervention, sans modélisation sur la vie entière. Surtout, le coût de fonctionnement par tête était radicalement plus bas, 3 AUD par jeune et par an contre 199 AUD dans l’essai américain. L’infrastructure CTC peut manifestement fonctionner à bien moindre coût au sein d’autres systèmes de santé et de protection sociale, ce qui compte pour chaque adaptation européenne.
- Source
- Abimanyi-Ochom, Wanni Arachchige Dona, Bohingamu Mudiyanselage, Toumbourou, Rowland et al. 2024, PLOS ONE
- Contexte
- 4 communautés CTC, 2001–2015, 10 à 14 ans
- Ratio bénéfices-coûts
- 1 : 2,6
- Coûts évités
- 123 AUD par jeune / 15 ans
- Coût de fonctionnement AU
- 3 AUD par tête / an
- Comparé à la CYDS américaine
- 199 AUD par tête / an
- Moteur principal
- 93 % du bénéfice provient de la baisse de la criminalité et de la violence
- Allemagne · CTC-EFF
La réplication allemande : CTC-EFF à la Medizinische Hochschule Hannover.
CTC est mis en œuvre dans des communautés allemandes depuis 2009. L’étude CTC-EFF de la Medizinische Hochschule Hannover (faculté de médecine de Hanovre), financée par le ministère fédéral de l’Éducation et de la Recherche, a transposé la question de la CYDS dans un protocole non randomisé : 22 paires de communautés appariées issues de quatre Länder, interrogées à deux reprises (2021/22 et 2023/24) par l’intermédiaire de 318 personnes clés locales. C’est la première étude d’efficacité contrôlée de CTC en Allemagne, dans deux conditions que l’essai américain n’avait pas connues : toute la période d’enquête est tombée pendant les années de pandémie, et les communautés n’ont reçu aucun financement de l’étude, alors que chaque communauté de la CYDS disposait d’un coordinateur rémunéré. La mise en œuvre a donc peu progressé, et au niveau du système, aucun des trois résultats n’a changé de façon significative. Au niveau des programmes, le nombre de programmes fondés sur des données probantes mis en œuvre dans les communautés CTC a plus que doublé (de 3,57 à 8,57 pour 10 000 habitants), tandis que la hausse dans les communautés de comparaison restait sous le seuil de significativité, sans qu’une différence entre les deux groupes ait pu être établie en définitive (Decker et al. 2025). Les auteurs soulignent que cela ne prouve en rien que CTC soit inefficace ou intransférable, et recommandent une troisième vague d’enquête.
- Source
- Röding, von Holt, Decker & Walter 2026 et Decker et al. 2025, Prevention Science ; protocole : Röding et al. 2022, Prävention und Gesundheitsförderung
- Financement
- BMBF, 2021–2023
- Protocole
- comparaison non randomisée de communautés, 22 paires appariées
- Échantillon (communautés)
- 18 communautés d’intervention + 11 de comparaison dans l’analyse
- Échantillon (personnes clés)
- n = 318
- Adoption d’une prévention fondée sur la science
- aucun changement significatif (b = 0,272 ; SE = 2,306 ; p = 0,906)
- Programmes pour 10 000 habitants
- 3,57 → 8,57 (p = 0,004)
- Enregistrement de l’essai
- DRKS00022819
Europe
Où CTC est ou a été mis en œuvre en Europe
Ce qui est publiquement documenté sur Communities That Care dans chaque pays : processus en cours, projets passés et adaptations de l’enquête, et les organisations qui les portent. Ce site compile des informations publiques et ne s’exprime pas au nom des organisations ni des initiatives citées. Chaque entrée est sourcée et datée ; les organisations sont nommées lorsqu’elles ont donné leur accord ou lorsque leur rôle est documenté par des sources publiques.
Légende
- Implanté
- Des processus CTC y sont menés depuis des années, avec une organisation partenaire qui forme et accompagne les communautés.
- En phase pilote
- Les premières communautés parcourent les cinq phases ; les résultats ne sont pas encore connus.
- En cours d’adaptation
- La méthode et l’enquête sont en cours d’adaptation au pays ; aucun processus communautaire pour l’instant.
- Enquête adaptée
- L’enquête CTC auprès des jeunes y a été traduite et testée, le plus souvent dans le cadre de projets de l’UE ; aucun processus communautaire n’est connu.
- Projets passés
- CTC y a été mis en œuvre par le passé, comme programme ou projet de l’UE ; aucune activité actuelle n’est connue.
- Communes CTC (61)
- Communes qui mènent un processus CTC : en Allemagne comme sur le site allemand, ailleurs selon le répertoire ; points sans nom.
- Établissements scolaires en Allemagne (143)
- Schools That Care et Weitblick : le processus adapté à un seul établissement ; points sans nom.
Dernière vérification : 16 septembre 2026
Trois projets financés par l’UE depuis 2008, dont un en cours, et une rencontre du réseau des groupes CTC européens chaque année à la conférence de l’EUSPR.Soutenu par l’Europe
Questions fréquentes
Pour les communautés qui envisagent CTC, et pour les parents et les établissements scolaires invités à participer à une enquête.
Qu’est-ce que Communities That Care exactement, et quel est son objectif ?
Communities That Care est un système qui aide une communauté à planifier sa prévention à partir de ses propres données. Il rassemble les personnes qui façonnent localement la vie des jeunes, des écoles et des services à la jeunesse à la police, en passant par la santé et l’administration locale. Il les conduit à travers cinq phases : évaluer la préparation, s’organiser, établir à partir d’une enquête auprès des jeunes un profil des facteurs de risque et de protection locaux, choisir des programmes à l’efficacité démontrée qui correspondent aux priorités, et les mettre en œuvre en suivant les résultats.
Son objectif est de réduire les comportements problématiques chez les jeunes, en particulier la consommation de substances, la violence et la délinquance, et de favoriser un développement sain. Il y parvient en modifiant les conditions dans lesquelles grandissent les jeunes, plutôt qu’en traitant les problèmes une fois apparus.
Existe-t-il des données scientifiques montrant que CTC fonctionne ?
Oui, avec des réserves honnêtes. La pièce maîtresse en est la Community Youth Development Study, un essai contrôlé randomisé mené dans 24 villes américaines, qui a suivi plus de 4 400 jeunes depuis l’âge de dix ans jusqu’à l’âge adulte. Les jeunes des villes CTC ont commencé à consommer de l’alcool et du tabac plus tard, ont montré moins de délinquance et de violence, et les différences ont persisté jusqu’à 21 ans. Sur douze ans, l’essai a rapporté près de treize dollars de dommages évités pour chaque dollar investi.
Une comparaison quasi expérimentale menée en Australie a trouvé un effet positif mais plus modeste. Les données européennes montrent pour l’instant des communautés CTC qui adoptent davantage de programmes fondés sur des données probantes, n’ont pas encore montré le changement systémique plus large observé dans l’essai américain, et restent plus limitées encore sur les résultats comportementaux. Une revue de 2025 du Youth Endowment Fund britannique a jugé l’effet sur la violence statistiquement incertain et déconseillé de financer de nouveaux sites CTC au Royaume-Uni tant que l’approche n’y aura pas été testée à nouveau. Aucune des études qu’elle a combinées ne provenait du Royaume-Uni, où Communities that Care UK a cessé ses activités en 2009. La page consacrée aux données probantes détaille l’ensemble de ces éléments.
Comment CTC relie-t-il les risques et les forces des jeunes ?
Grâce au concept de facteurs de risque et de protection. Des décennies de recherche ont identifié des conditions, dans la famille, l’école, le groupe de pairs et le quartier, qui rendent le comportement problématique plus probable, et d’autres qui le rendent moins probable. Beaucoup d’entre elles agissent sur plusieurs problèmes à la fois : un faible attachement à l’école augmente à la fois le risque de consommation de drogues et de délinquance, et un fort attachement familial protège contre les deux.
CTC mesure ces facteurs localement grâce à l’enquête auprès des jeunes et demande à la communauté de travailler sur les deux à cinq facteurs les plus importants dans ses propres données. Renforcer la protection compte tout autant que réduire le risque. La page consacrée à l’approche explique le Modèle du développement social qui sous-tend cette logique.
Comment se déroule un processus CTC dans une communauté, et quelle charge de travail représente-t-il ?
En cinq phases, généralement sur une période de douze à dix-huit mois avant le démarrage des premiers programmes. La phase un détermine si la communauté est prête : y a-t-il un soutien politique, et quelqu’un est-il prêt à en prendre la direction ? La phase deux construit la coalition et la structure de travail. La phase trois mène l’enquête auprès des jeunes et transforme les résultats en profil communautaire. La phase quatre sélectionne les programmes qui correspondent aux facteurs priorisés et en obtient le financement. La phase cinq les met en œuvre et mesure ce qui a changé.
La charge de travail repose principalement sur un coordinateur local, généralement entre un mi-temps et un temps plein, et sur les membres de la coalition, qui se réunissent régulièrement des phases deux à quatre. La formation des uns et des autres fait partie du processus et est assurée par l’organisation qui soutient CTC dans le pays, un conseil de prévention, un institut de recherche ou une association à but non lucratif, lorsqu’il en existe une.
Qui siège dans les instances de pilotage d’un processus CTC, et que décident-elles ?
Deux instances, dans la plupart des mises en œuvre. D’une part, un petit groupe de décideurs clés : les dirigeants des organisations dont dépendent le financement et le personnel du processus – le maire ou le président de l’exécutif local, les directeurs de la jeunesse, de l’éducation, de la santé et des services sociaux, le responsable de la police. Ce groupe donne le mandat et maintient les portes ouvertes. D’autre part, un conseil communautaire de professionnels de terrain : les personnes qui dirigent les écoles, les centres de jeunesse, les services aux familles et les associations, avec les habitants et, dans l’idéal, les jeunes eux-mêmes. C’est le conseil communautaire qui fait le travail : il lit le profil, fixe les priorités et choisit les programmes.
Cette distinction compte. Quand les décideurs clés tentent de faire le travail du conseil communautaire, ou que celui-ci ne dispose pas d’un mandat de leur part, le processus s’enlise.
Faut-il introduire CTC dans toute la ville, ou commencer par une zone pilote ?
Commencez là où la coalition peut réellement fonctionner. Dans une ville de trente mille habitants, cela peut être la ville entière. Dans une grande ville, il s’agit généralement d’un ou deux quartiers dotés de leurs propres écoles et services, où les personnes autour de la table se connaissent. Une zone pilote donne à la coalition un profil concret sur lequel agir, et permet à la ville d’apprendre le processus avant de l’étendre.
Ce qui compte, c’est que la zone d’enquête et la zone d’action coïncident. Enquêter dans toute une ville puis agir dans un seul quartier produit un profil que ce quartier ne reconnaît pas.
D’un modèle de recherche à une pratique européenne.
Découvrez comment CTC est né à l’université de Washington, ce que dit le Modèle du développement social, et comment des communautés de Malmö à Newbridge ont adapté l’approche depuis la fin des années 1990.
