Développé avec les communautés, pas pour elles
De la fin des années 1980 aux années 1990, CTC a été testé et affiné dans le cadre d’un processus participatif associant des centaines de communautés américaines, parfois plus de 470. Le système a été adapté à des communautés de natures très diverses. Deux problèmes courants dans la pratique de la prévention étaient visés explicitement : le recours à des mesures sans données probantes suffisantes, et la mauvaise mise en œuvre de programmes dont l’efficacité avait pourtant été démontrée.
CTC a donc été construit autour de coalitions locales réunissant des personnes clés issues de différents secteurs : administration locale, écoles, services à la jeunesse, police, services de santé et société civile. Ces coalitions apprennent à identifier les facteurs de risque et de protection propres à leur communauté à l’aide de l’enquête CTC auprès des jeunes, un questionnaire standardisé rempli par les élèves, à définir des priorités, puis à sélectionner et mettre en œuvre des programmes fondés sur des données probantes en veillant à leur qualité. Le processus structuré en cinq phases, avec des jalons clairs allant de l’évaluation de la préparation jusqu’à l’évaluation des résultats, est devenu la marque distinctive de l’approche.
La confirmation scientifique est venue de la Community Youth Development Study. Lancé en 2003, cet essai contrôlé randomisé mené dans 24 villes rurales de sept États américains a suivi plus de 4 400 jeunes depuis la cinquième année de scolarité jusqu’au début de l’âge adulte. Ses résultats ont confirmé la logique du modèle à chaque étape :
- Changement systémique : les communautés CTC étaient, de manière mesurable, plus enclines à adopter une approche de prévention fondée sur la science et à améliorer la coopération intersectorielle.
- Moins de risques, davantage de protection : les interventions ciblées ont produit une amélioration mesurable des facteurs que chaque communauté avait choisi de prioriser.
- Moins de comportements problématiques : les jeunes des communautés CTC ont commencé à consommer de l’alcool et du tabac plus tard, et ont affiché des taux significativement plus faibles de consommation de substances, de violence et de délinquance.
- Des effets durables : à 21 ans, les différences persistaient, et une analyse coûts-bénéfices sur douze ans a montré que chaque dollar investi en avait rapporté près de treize.
La page consacrée aux données probantes détaille ces résultats, ainsi que la réplication australienne et les conclusions plus prudentes venues d’Europe.
L’arrivée en Europe
CTC a traversé l’Atlantique à la fin des années 1990. Le Royaume-Uni a été le premier pays concerné : entre 1998 et 2008, l’organisation caritative Communities that Care UK a travaillé avec plus de soixante sites dans les quatre nations du pays, dont une trentaine ont mené le processus complet, le pays de Galles et Londres étant les plus représentés. Ses activités ont cessé en 2009. Les Pays-Bas ont suivi et, pendant une quinzaine d’années, ont bâti la pratique CTC la plus étendue d’Europe : plus de 25 communes et quartiers, accompagnés par le Nederlands Jeugdinstituut (l’institut néerlandais de la jeunesse) avec l’enquête auprès des jeunes de DSP-groep, et évalués par le Verwey-Jonker Institute. On ne connaît aujourd’hui aucune communauté néerlandaise qui mène encore le processus. L’Allemagne a adopté l’approche dans le cadre du projet SPIN (2008–2011), financé par l’UE et piloté par le Landespräventionsrat Niedersachsen (Conseil de prévention de la criminalité de Basse-Saxe), les premiers sites pilotes ayant démarré en 2009. Chypre (à partir de 2006), la Croatie et la Suède ont chacune mené leurs propres adaptations ; l’Autriche a adapté et expérimenté l’enquête auprès des jeunes dans une seule commune de Haute-Autriche, Sierning, en 2013.
Entre 2013 et 2015, ces initiatives ont été mises en réseau pour la première fois. Le projet européen Communities That Care European Network: Making CTC work at the European level, financé par l’UE, a réuni des partenaires de sept pays pour répondre à trois questions. L’enquête CTC auprès des jeunes mesure-t-elle la même chose d’un pays à l’autre ? Quels programmes de prévention ont réellement été testés en Europe ? Et comment un nouveau pays devrait-il s’y prendre pour introduire l’approche ? Ses réponses, à savoir une analyse transnationale des enquêtes, une revue des programmes européens qui a alimenté le registre Xchange de l’EUDA, et un guide de mise en œuvre, demeurent le socle du travail CTC sur ce continent.
Ce site poursuit ce travail. Il est géré par FINDER e.V., une association allemande à but non lucratif qui assure la formation CTC et l’infrastructure de l’enquête, et il existe pour donner à voir les adaptations européennes, les unes aux autres comme aux pays qui n’en ont pas encore.