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Histoire

Histoire

D’un groupe de recherche à Seattle à un essai randomisé dans 24 villes et à un réseau européen : comment Communities That Care est né et a gagné l’Europe.

Sommaire
  1. 01Un modèle issu du travail social
  2. 02Développé avec les communautés, pas pour elles
  3. 03La Community Youth Development Study
  4. 04L’arrivée en Europe

Un modèle issu du travail social

Les racines de Communities That Care remontent au début des années 1980 et à l’université de Washington, à Seattle. C’est là que le Social Development Research Group, rattaché à l’école de travail social, a commencé, sous la direction de J. David Hawkins et Richard F. Catalano, à rassembler les acquis de plusieurs décennies de recherche sur la prévention. CTC est issu du travail social lui-même : ses auteurs le présentent explicitement comme un modèle de pratique de travail social, dans la tradition de l’organisation communautaire.

Leur objectif était une approche de prévention des comportements problématiques à l’adolescence, en particulier le mésusage de substances, la violence et la délinquance, qui reposerait sur des données scientifiques plutôt que sur de bonnes intentions. Dès le départ, l’idée centrale n’était pas de traiter les comportements un par un, mais d’identifier les facteurs de risque et de protection sous-jacents dans les milieux où grandissent les enfants, à savoir la famille, l’école, le groupe de pairs et la communauté, et d’agir délibérément sur eux.

En s’appuyant sur le Modèle du développement social, les chercheurs sont parvenus à une conclusion qui définit encore l’approche aujourd’hui : un changement durable dans la vie des jeunes suppose des communautés capables de décider elles-mêmes, sur la base de données probantes, de leur propre travail de prévention, et de le mettre en œuvre. Il s’agissait de donner aux communautés les connaissances et les outils nécessaires pour identifier objectivement les besoins locaux et y répondre efficacement.

Jalons

  1. Années 1980

    Une vision née de la recherche

    Université de Washington

    J. David Hawkins et Richard F. Catalano condensent des décennies de recherche sur la prévention en une seule approche systématique. Le Modèle du développement social devient le fondement théorique de CTC.

    Sources
    1. Hawkins, J.D., Catalano, R.F. and J.Y. Miller (1992). Risk and protective factors for alcohol and other drug problems in adolescence and early adulthood: Implications for substance abuse prevention. Psychological Bulletin, 112(1), 64–105. doi.org/10.1037/0033-2909.112.1.64Dans la bibliothèque →
  2. Années 1990

    Testé avec les communautés

    Des centaines de communautés

    CTC est expérimenté avec des centaines de communautés aux États-Unis et affiné en continu, jusqu’aux cinq phases que l’on connaît aujourd’hui.

    Sources
    1. Hawkins J.D., Catalano R.F., Arthur M.W. (2002). Promoting science-based prevention in communities. Addictive Behaviors, 27(6), 951–976. doi.org/10.1016/s0306-4603(02)00298-8Dans la bibliothèque →
  3. 1998

    Premières adaptations européennes

    Royaume-Uni et Pays-Bas

    La Joseph Rowntree Foundation finance les premiers sites CTC au Royaume-Uni ; un an plus tard, le gouvernement néerlandais acquiert la licence CTC et DSP-groep adapte l’enquête auprès des jeunes. À partir de 2000, des quartiers d’Amsterdam, d’Arnhem, de Rotterdam et de Zwolle expérimentent le processus, et l’Institut néerlandais des soins et du bien-être constitue le premier inventaire européen de programmes prometteurs.

    Sources
    1. Crow, I., France, A., Hacking, S., & Hart, M. (2004). Does Communities that Care work? An evaluation of a community-based risk prevention programme in three neighbourhoods. Joseph Rowntree Foundation. core.ac.uk/download/288389332.pdfDans la bibliothèque →
    2. Jonkman, H., Junger-Tas, J., van Dijk, B. (2005). From Behind Dikes and Dunes: Communities that Care in the Netherlands. Children & Society, 19(2), 105–116. doi.org/10.1002/chi.865Dans la bibliothèque →
    3. Groeger-Roth, F., van den Hazel, B., & de Vries, R. (2016). Communities That Care in Europe 1998–2015. The implementation of a community based prevention strategy in Europe: Overview & experiences. Technical report on the CTC Implementation Guide. CTC European Network, with the financial support of the Prevention of and Fight against Crime Programme, European Commission. communities-that-care.eu/downloads/ctc-european-network-implementation-guide-2016.pdfDans la bibliothèque →
    4. van Dijk, B., Geldorp, M., & Tulner, H. (2004). Eindrapportage vier pilotprojecten CtC: Amsterdam, Arnhem, Rotterdam, Zwolle. DSP-groep. dsp-groep.nl/publicatie/eindrapportage-vier-pilotprojecten-ctc/Dans la bibliothèque →
    5. France, A., & Crow, I. (2001). CTC – the story so far: An interim evaluation of Communities That Care. Joseph Rowntree Foundation. hdl.handle.net/2134/2507Dans la bibliothèque →
  4. 2003

    Community Youth Development Study

    24 communautés

    Un essai contrôlé randomisé suit 4 400 jeunes de la cinquième année jusqu’à l’âge adulte. L’effet de CTC est documenté de façon complète pour la première fois.

    Sources
    1. Hawkins, J.D., Oesterle, S., Brown, E.C., Arthur, M.W., Abbott, R.D., Fagan, A.A., & Catalano, R.F. (2009). Results of a type 2 translational research trial to prevent adolescent drug use and delinquency: A test of Communities That Care. Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine, 163(9), 789. doi.org/10.1001/archpediatrics.2009.141Dans la bibliothèque →
    2. Hawkins, J. D., Oesterle, S., Brown, E. C., Abbott, R. D., & Catalano, R. F. (2014). Youth Problem Behaviors 8 Years After Implementing the Communities That Care Prevention System. JAMA Pediatrics, 168(2), 122. doi.org/10.1001/jamapediatrics.2013.4009Dans la bibliothèque →
  5. 2008–2011

    L’arrivée en Allemagne

    Basse-Saxe

    Dans le cadre du projet SPIN, cofinancé par l’UE, le Landespräventionsrat Niedersachsen (Conseil de prévention de la criminalité de Basse-Saxe) introduit CTC en Allemagne avec des partenaires néerlandais, en l’adaptant sur les plans structurel, culturel et linguistique, et lance la Grüne Liste Prävention.

    Sources
    1. Landespräventionsrat Niedersachsen. (n.d.). SPIN – Sozialräumliche Prävention in Netzwerken. ctc-info.de/nano.cms/spin-niedersachsen
    2. TH Köln, Forschungsschwerpunkt Sozial · Raum · Management. (2012). SPIN – Evaluationsbericht, Phasen 4–5 [Evaluation report]. Landespräventionsrat Niedersachsen. ctc-info.de/communities-that-care/Media/SPIN_Evaluationsbericht_Phasen_4-5_final.pdf
  6. 2013–2015

    Le CTC European Network

    Neuf partenaires, sept pays

    Le projet financé par l’UE « Making CTC work at the European level » relie l’Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Autriche, la Suède, Chypre et la Croatie, compare les données des enquêtes auprès des jeunes entre pays et passe en revue les programmes efficaces en Europe.

    Sources
    1. Groeger-Roth, F., van den Hazel, B., & de Vries, R. (2016). Communities That Care in Europe 1998–2015. The implementation of a community based prevention strategy in Europe: Overview & experiences. Technical report on the CTC Implementation Guide. CTC European Network, with the financial support of the Prevention of and Fight against Crime Programme, European Commission. communities-that-care.eu/downloads/ctc-european-network-implementation-guide-2016.pdfDans la bibliothèque →
    2. Axford, N., Sonthalia, S., Wrigley, Z., Webb, L., Mokhtar, N., Brook, L., Wilkinson, T., Hunt, A., Timmons, L., Raja, A., Rawsthorn, M., Goodwin, A., Ohlson, C., Price, H., Whybra, L., Jamison, K., & Morpeth, L. (2016). What works in Europe? Developing a European Communities that Care database of effective prevention programmes. Dartington Social Research Unit, for the CTC European Network. communities-that-care.eu/downloads/ctc-european-network-what-works-in-europe-2016.pdfDans la bibliothèque →
    3. Farrington, D. P., Jonkman, H., & Groeger-Roth, F. (Eds.). (2021). Delinquency and Substance Use in Europe: Understanding Risk and Protective Factors. Springer. doi.org/10.1007/978-3-030-58442-9
  7. 2022–2023

    Frontline Politeia

    Belgique, Estonie, Grèce, Portugal

    Un projet du programme « Justice » de l’UE étend l’enquête CTC auprès des jeunes à trois pays supplémentaires et forme les acteurs de terrain de la prévention aux outils CTC.

    Sources
    1. HOGENT. (n.d.). Frontline Politeia (EU Justice Programme, grant 101045880) [Project website]. frontline-politeia.eu/
    2. Siilbek, E., & Streimann, K. (2024). Adaptation of the Communities That Care Youth Survey for Use in Estonia: A Pilot Study. Journal of Prevention, 45(4), 483–500. doi.org/10.1007/s10935-024-00777-zDans la bibliothèque →
    3. ΕΚΤΕΠΝ [Greek Documentation and Monitoring Centre for Drugs] (2024). Κοινότητες που Νοιάζονται: Προσαρμογή στα ελληνικά, πιλοτική εφαρμογή και έλεγχος της αξιοπιστίας του ερωτηματολογίου. University Mental Health, Neurosciences and Precision Medicine Research Institute (UMHRI), Athens. ektepn.gr/ctc-2023Dans la bibliothèque →
    4. Henriques, S., & Rabelo, R. P. (2024). Adaptação do Communities That Care Youth Survey para Portugal: Um estudo piloto. Revista Foco, 17(12), Article e7361. doi.org/10.54751/revistafoco.v17n12-187Dans la bibliothèque →
  8. 2025

    L’Irlande se lance

    Newbridge, Irlande

    La South Western Regional Drug and Alcohol Task Force (SURF) lance le premier cycle CTC d’Irlande à Newbridge, dans le comté de Kildare, coordonné par le projet de prévention des drogues de Foróige, avec Trinity College Dublin comme partenaire pour l’enquête.

    Sources
    1. Dillon, L. (2025). Communities That Care in Ireland. Drugnet Ireland, (91), 32–34. drugsandalcohol.ie/43357/Dans la bibliothèque →
    2. Center for Communities That Care. (2025, March 4). Key leaders supporting CTC in Ireland. University of Washington. communitiesthatcare.net/2025/03/04/key-leaders-supporting-ctc-in-ireland/
  9. Chaque année

    Un réseau européen qui se réunit

    Conférence de l’EUSPR

    Les groupes CTC européens se retrouvent à la conférence annuelle de l’European Society for Prevention Research, dernièrement à Dublin en 2026.

    Sources
    1. European Society for Prevention Research. (n.d.). EUSPR conference past programmes. euspr.org/euspr-conference-past-programmes/

Développé avec les communautés, pas pour elles

De la fin des années 1980 aux années 1990, CTC a été testé et affiné dans le cadre d’un processus participatif associant des centaines de communautés américaines, parfois plus de 470. Le système a été adapté à des communautés de natures très diverses. Deux problèmes courants dans la pratique de la prévention étaient visés explicitement : le recours à des mesures sans données probantes suffisantes, et la mauvaise mise en œuvre de programmes dont l’efficacité avait pourtant été démontrée.

CTC a donc été construit autour de coalitions locales réunissant des personnes clés issues de différents secteurs : administration locale, écoles, services à la jeunesse, police, services de santé et société civile. Ces coalitions apprennent à identifier les facteurs de risque et de protection propres à leur communauté à l’aide de l’enquête CTC auprès des jeunes, un questionnaire standardisé rempli par les élèves, à définir des priorités, puis à sélectionner et mettre en œuvre des programmes fondés sur des données probantes en veillant à leur qualité. Le processus structuré en cinq phases, avec des jalons clairs allant de l’évaluation de la préparation jusqu’à l’évaluation des résultats, est devenu la marque distinctive de l’approche.

La Community Youth Development Study

La confirmation scientifique est venue de la Community Youth Development Study. Lancé en 2003, cet essai contrôlé randomisé mené dans 24 villes rurales de sept États américains a suivi plus de 4 400 jeunes depuis la cinquième année de scolarité jusqu’au début de l’âge adulte. Ses résultats ont confirmé la logique du modèle à chaque étape :

  • Changement systémique : les communautés CTC étaient, de manière mesurable, plus enclines à adopter une approche de prévention fondée sur la science et à améliorer la coopération intersectorielle.
  • Moins de risques, davantage de protection : les interventions ciblées ont produit une amélioration mesurable des facteurs que chaque communauté avait choisi de prioriser.
  • Moins de comportements problématiques : les jeunes des communautés CTC ont commencé à consommer de l’alcool et du tabac plus tard, et ont affiché des taux significativement plus faibles de consommation de substances, de violence et de délinquance.
  • Des effets durables : à 21 ans, les différences persistaient, et une analyse coûts-bénéfices sur douze ans a montré que chaque dollar investi en avait rapporté près de treize.

La page consacrée aux données probantes détaille ces résultats, ainsi que la réplication australienne et les conclusions plus prudentes venues d’Europe.

L’arrivée en Europe

CTC a traversé l’Atlantique à la fin des années 1990. Le Royaume-Uni a été le premier pays concerné : entre 1998 et 2008, l’organisation caritative Communities that Care UK a travaillé avec plus de soixante sites dans les quatre nations du pays, dont une trentaine ont mené le processus complet, le pays de Galles et Londres étant les plus représentés. Ses activités ont cessé en 2009. Les Pays-Bas ont suivi et, pendant une quinzaine d’années, ont bâti la pratique CTC la plus étendue d’Europe : plus de 25 communes et quartiers, accompagnés par le Nederlands Jeugdinstituut (l’institut néerlandais de la jeunesse) avec l’enquête auprès des jeunes de DSP-groep, et évalués par le Verwey-Jonker Institute. On ne connaît aujourd’hui aucune communauté néerlandaise qui mène encore le processus. L’Allemagne a adopté l’approche dans le cadre du projet SPIN (2008–2011), financé par l’UE et piloté par le Landespräventionsrat Niedersachsen (Conseil de prévention de la criminalité de Basse-Saxe), les premiers sites pilotes ayant démarré en 2009. Chypre (à partir de 2006), la Croatie et la Suède ont chacune mené leurs propres adaptations ; l’Autriche a adapté et expérimenté l’enquête auprès des jeunes dans une seule commune de Haute-Autriche, Sierning, en 2013.

Entre 2013 et 2015, ces initiatives ont été mises en réseau pour la première fois. Le projet européen Communities That Care European Network: Making CTC work at the European level, financé par l’UE, a réuni des partenaires de sept pays pour répondre à trois questions. L’enquête CTC auprès des jeunes mesure-t-elle la même chose d’un pays à l’autre ? Quels programmes de prévention ont réellement été testés en Europe ? Et comment un nouveau pays devrait-il s’y prendre pour introduire l’approche ? Ses réponses, à savoir une analyse transnationale des enquêtes, une revue des programmes européens qui a alimenté le registre Xchange de l’EUDA, et un guide de mise en œuvre, demeurent le socle du travail CTC sur ce continent.

Ce site poursuit ce travail. Il est géré par FINDER e.V., une association allemande à but non lucratif qui assure la formation CTC et l’infrastructure de l’enquête, et il existe pour donner à voir les adaptations européennes, les unes aux autres comme aux pays qui n’en ont pas encore.

Prochaines étapes

Pour aller plus loin

  • À propos de CTC

    L’approche

    Facteurs de risque et de protection, et le modèle qui les sous-tend

  • À propos de CTC

    Données probantes

    Ce que les essais ont montré, y compris là où les données restent limitées

  • Europe

    CTC en Europe

    Où l’approche est mise en œuvre aujourd’hui, pays par pays