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N° 12déc 2025Recherche

CTC et violence des jeunes : ce que montre la revue du Youth Endowment Fund

La première revue systématique consacrée à la question de savoir si Communities That Care réduit la violence des jeunes, commandée par le Youth Endowment Fund britannique, constate environ dix pour cent de violence en moins dans les zones CTC, une estimation qui passe de peu à côté de la significativité statistique. Les résultats, les recommandations, le verdict britannique, et comment le lire.

Auteur
Maximilian von Heyden
Publié
· 12 min de lecture
Série
Magazine CTC
8Sommaire
  1. 01Pourquoi cette revue est différente
  2. 02La méthode : ce qui a été examiné, et comment
  3. 03La base de données probantes : quatre études indépendantes issues de deux pays
  4. 04Les résultats centraux
  5. 05Ce que l’effet signifie en pratique
  6. 06Les recommandations de la revue
  7. 07Le verdict, et comment le lire
  8. 08Références

Une synthèse de recherche commandée par le Youth Endowment Fund, en Angleterre et au pays de Galles, est la première à examiner systématiquement si Communities That Care réduit la violence des jeunes. Ses résultats : environ dix pour cent de violence en moins dans les zones CTC, une estimation qui passe de peu à côté de la significativité statistique ; aucun effet mesurable sur les autres formes de délinquance ; et une série de recommandations claires pour la mise en œuvre, accompagnées d’un verdict sur l’opportunité de commander de tels programmes au Royaume-Uni, qui mérite d’être lu en entier.

Pourquoi cette revue est différente

De nombreuses études ont examiné l’efficacité de Communities That Care, avant tout dans la prévention de la consommation de substances. Ce qui manquait, c’était une synthèse systématique de la recherche centrée sur la violence et la délinquance des jeunes. Cette lacune est désormais comblée par une revue publiée en novembre 2025 pour le compte du Youth Endowment Fund (Valdebenito et al., 2025).

Le Youth Endowment Fund a été créé en 2019 grâce à une dotation de 200 millions de livres du ministère de l’Intérieur britannique. Sa mission est de découvrir ce qui fonctionne réellement dans la prévention de la violence des jeunes et de faire passer ces connaissances dans la pratique. Dans ce cadre, le Fonds a chargé une équipe de recherche dirigée par Sara Valdebenito d’évaluer systématiquement la recherche internationale sur CTC.

Le point décisif : la revue a examiné uniquement si CTC réduit la violence et la délinquance chez les jeunes. D’autres domaines importants dans lesquels CTC produit des effets, comme la consommation de substances ou la santé mentale, ne faisaient pas partie de l’analyse. Les résultats sont donc une pièce importante du tableau, et non le tableau complet de l’efficacité de CTC.

La méthode : ce qui a été examiné, et comment

L’équipe de recherche a combiné deux méthodes.

Une synthèse quantitative des études d’impact

L’équipe a recherché systématiquement dans les bases de données scientifiques les études qui comparaient des zones CTC à des zones de comparaison et qui mesuraient la violence ou la délinquance comme critère de résultat. Les critères retenus étaient :

  • les comportements violents autodéclarés par les jeunes, en tant qu’auteurs ou en tant que victimes
  • les infractions enregistrées par la police, telles que les agressions, les vols avec violence ou les dégradations
  • les arrestations ou les condamnations pour des infractions violentes

Les études identifiées ont été regroupées statistiquement au moyen d’une méta-analyse multiniveaux. Cette méthode tient compte du fait que plusieurs publications reposent souvent sur les mêmes données, par exemple lorsqu’une étude longitudinale est publiée à plusieurs reprises au fil des ans. Elle empêche que de tels résultats dépendants ne faussent le résultat global.

Une revue narrative des études de mise en œuvre

L’équipe a en outre analysé 24 publications sur la mise en œuvre pratique de CTC. Cette analyse qualitative visait à établir quelles conditions favorisent le succès, quels obstacles surgissent et quelles stratégies ont fait leurs preuves.

La base de données probantes : quatre études indépendantes issues de deux pays

Malgré une recherche approfondie, seules quatre études d’impact indépendantes ont satisfait aux critères d’inclusion. Ces quatre études étaient toutefois documentées dans 13 publications au total, parce que leurs effets à long terme ont été rapportés sur plusieurs années. Aucune des études ne provenait du Royaume-Uni : le tableau récapitulatif de la revue elle-même recense onze publications des États-Unis et deux d’Australie pour le volet impact, et dix-neuf des États-Unis, trois d’Australie et trois des Pays-Bas pour le volet mise en œuvre.

La (Hawkins et al., à partir de 2008) : l’étude la plus solide sur le plan méthodologique, un essai contrôlé randomisé. Vingt-quatre petites villes de sept États américains ont été assignées au hasard à CTC ou à un groupe de comparaison. L’étude est en cours depuis 2003 et a fourni six des 13 publications incluses.

L’étude de Pennsylvanie (Chilenski et al., 2019) : un protocole quasi expérimental dans lequel des zones CTC ont été comparées à des zones témoins statistiquement similaires.

L’étude de Bronzeville à Chicago (Gorman-Smith et al., 2024) : la seule étude menée dans le contexte d’une grande ville à forte précarité sociale. CTC y a été adapté aux conditions particulières d’un quartier majoritairement afro-américain.

L’étude de l’État de Victoria (Toumbourou et al., 2019) : la seule étude hors des États-Unis. Elle a examiné si l’approche CTC se transpose au contexte australien.

Les résultats centraux

Ce que fait une synthèse de recherche, et ce que cela signifie pour les résultats

Des études individuelles peuvent montrer des effets positifs, et celles-ci l’ont fait. Pourquoi, alors, le résultat global de la synthèse n’est-il pas tranché ?

Une synthèse de recherche regroupe plusieurs études et teste si un effet se maintient dans des contextes différents. C’est un test plus strict que n’importe quelle étude isolée : si CTC fonctionne de manière semblable en Pennsylvanie, à Chicago et en Australie dans des conditions très différentes, le constat est plus robuste.

C’est aussi là que réside la difficulté. Les quatre études diffèrent sensiblement, par leur cadre (rural ou urbain), par la manière dont CTC a été mis en œuvre et par leurs résultats. La revue évalue l’hétérogénéité totale à 73 %, et son intervalle de prédiction pour une étude future va d’un risque relatif de 0,65 à 1,32, c’est-à-dire d’un bénéfice important à la possibilité d’une absence d’effet. Cette dispersion rend l’effet regroupé statistiquement plus incertain, même si les études individuelles, prises isolément, ont produit des résultats positifs.

Le résultat regroupé ne contredit pas les études individuelles. Ce qu’il dit, c’est qu’à travers quatre mises en œuvre très différentes, la revue n’a pas pu établir que l’effet sur la violence diffère de zéro de façon fiable, et que ce que CTC obtient semble dépendre des conditions sur le terrain.

Effet global : sept pour cent de violence et de délinquance en moins

Toutes études confondues, les jeunes des zones CTC présentaient un risque de violence et de délinquance inférieur d’environ sept pour cent à celui des zones de comparaison : un risque relatif de 0,93, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 0,84 à 1,02, sur la base de 41 tailles d’effet issues de 13 publications. En raison de la variation entre les études, ce résultat n’atteint pas le seuil conventionnel de significativité statistique, ce qui, compte tenu des différences de contexte, était prévisible.

Violence ou délinquance générale : des effets différents

Examiner les deux résultats séparément révèle un schéma instructif.

Résultats relatifs à la violence : ici, la réduction du risque était plus marquée, d’environ dix pour cent (un risque relatif de 0,87, intervalle de confiance de 0,75 à 1,01, d’après sept études et 22 tailles d’effet). Malgré la variation entre les études, ce constat n’a manqué le seuil de significativité que de justesse (p = 0,07).

Délinquance générale : pour des comportements tels que le vol, le vandalisme ou les comportements antisociaux, il n’y avait pas d’effet mesurable (un risque relatif de 0,97, intervalle de confiance de 0,86 à 1,13).

La différence mérite d’être notée : CTC semble plus efficace pour prévenir les comportements graves que les formes plus légères. Une explication possible est que prévenir la violence exige un changement structurel au niveau de la communauté, ce qui est exactement ce que vise CTC.

Mise en œuvre urbaine : l’exemple de Chicago

L’étude de Bronzeville, à Chicago (Gorman-Smith et al., 2024), mérite une attention particulière. Contrairement aux autres études, elle a été menée dans le contexte d’une grande ville à forte précarité sociale. L’équipe de recherche a adapté l’approche CTC aux conditions locales et a mis un accent particulier sur le renforcement des capacités organisationnelles des partenaires locaux. Le résultat a été une réduction de neuf pour cent du risque d’infractions enregistrées par la police, y compris les atteintes aux biens, les vols avec violence, les agressions aggravées, les fusillades et les homicides.

Ce que l’effet signifie en pratique

Une réduction de dix pour cent du risque de violence paraît abstraite. Que signifierait-elle pour une communauté ?

Un exemple purement illustratif : prenons une ville de 10 000 jeunes de douze à dix-huit ans dans laquelle, disons, 400 d’entre eux sont signalés à la police pour des infractions violentes en un an. Une réduction de dix pour cent signifie 40 jeunes de moins apparaissant comme auteurs, et d’autant moins de victimes. Sur cinq ans, cela représente quelque 200 incidents évités.

Derrière ces chiffres, il y a des jeunes qui n’acquièrent pas de casier judiciaire ; des victimes épargnées ; des familles qui n’ont pas à vivre avec les conséquences d’un acte violent ; et une communauté dans laquelle les jeunes grandissent plus en sécurité.

Les recommandations de la revue

De ces constats, les auteurs tirent des recommandations concrètes.

Sur le choix du lieu de mise en œuvre

Choisir un environnement ouvert à la prévention : CTC prospère là où les responsables politiques et administratifs sont réceptifs aux approches préventives et fournissent les ressources correspondantes.

S’appuyer sur les structures existantes : les mises en œuvre réussies bénéficient de structures de coopération déjà en place et d’une offre de programmes efficaces. Là où elles manquent, il faut davantage de temps de préparation.

Choisir des limites de zone judicieuses : les zones CTC devraient coïncider avec les structures administratives. Cela facilite le financement et la coopération.

Sur la mise en œuvre

Assurer le financement de la coordination : le financement du poste de coordinateur est particulièrement déterminant. Lorsqu’il disparaît, les coalitions CTC se dissolvent fréquemment, même là où le travail de fond se déroulait bien.

Investir dans la formation : la participation des décideurs clés et des membres de la coalition aux formations CTC s’est révélée être un ingrédient actif essentiel. Elle favorise l’adoption d’une compréhension scientifique de la prévention, que les études identifient comme le médiateur le plus important des effets de CTC.

Fournir un accompagnement continu : un appui professionnel durable, sur une longue période, est décisif pour la fidélité de la mise en œuvre.

Permettre l’adaptation : une adaptation mesurée aux conditions locales facilite la mise en œuvre, tant que les composantes essentielles sont préservées.

Éviter les écueils connus

Les études ont identifié des obstacles récurrents : une faible acceptation du processus CTC de long terme, la difficulté à rallier des partenaires importants (les écoles en particulier), la concurrence avec des initiatives existantes et, surtout hors des États-Unis, un manque de programmes efficaces pour le groupe cible concerné.

Le verdict, et comment le lire

Sur la base de cette revue, le Toolkit du Fonds classe CTC comme étant d’impact faible, de très faible niveau de confiance et de coût élevé, et conseille aux commanditaires d’Angleterre et du pays de Galles : de ne pas commander ni développer de nouveaux programmes CtC tant que des recherches supplémentaires n’auront pas démontré que l’approche peut être mise en œuvre efficacement dans le contexte britannique (dans l’original : « do not commission or scale new CtC programmes until further research demonstrates that the approach can be delivered effectively in the UK context »).

Deux éléments méritent d’être connus à propos de ce verdict. D’abord, aucune des études regroupées ne provenait du Royaume-Uni ; l’inquiétude porte sur la faisabilité de la mise en œuvre dans un contexte où CTC n’est plus mis en œuvre depuis 2009 et a été évalué pour la dernière fois au milieu des années 2000, pas sur le modèle. Ensuite, l’estimation regroupée va dans le même sens que toutes les autres études présentées sur la page des données probantes ; ce que la revue n’a pas pu établir, avec les études disponibles, c’est que l’effet diffère de zéro de façon fiable.

Cette synthèse est la première à examiner systématiquement si CTC réduit la violence et la délinquance des jeunes. Les résultats suggèrent un effet, en particulier sur la violence. La base de données probantes repose sur quatre études indépendantes et appelle des recherches supplémentaires, idéalement dans des contextes européens, où plusieurs des écueils nommés par la revue – la pénurie de programmes évalués, avant tout – ont été traités ces dernières années grâce aux registres nationaux de programmes probants. Nous pensons que la revue pose une objection légitime, et que la bonne réponse consiste à produire des données probantes européennes plutôt qu’à écarter l’approche. L’Allemagne les produit avec CTC-EFF, la Suède, l’Estonie et l’Irlande mettent en place les enquêtes qui en formeront la base, et la Croatie y contribue par des données d’enquête et de mise en œuvre ; les pages par pays indiquent où.

Références

Chilenski, S. M., Frank, J. L. & Fagan, A. A. (2019). Pennsylvania’s Communities That Care prevention system: Planning, initial implementation, and student outcomes. Community Development, 50(1), 24–45.

Gorman-Smith, D., Cosey-Gay, F., Henry, D. B., Wright, E. M., Quinn, C. & Tolan, P. (2024). Adapting Communities That Care for urban violence prevention: The Bronzeville experience. Journal of Urban Health, 101(5), 864–878.

Hawkins, J. D., Catalano, R. F., Arthur, M. W., Egan, E., Brown, E. C., Abbott, R. D. & Murray, D. M. (2008). Testing Communities That Care: The rationale, design and behavioral baseline equivalence of the Community Youth Development Study. Prevention Science, 9(3), 178–190.

Toumbourou, J. W., Rowland, B., Williams, J., Smith, R. & Patton, G. C. (2019). Community intervention to prevent adolescent health behavior problems: Evaluation of Communities That Care in Australia. Health Psychology, 38(6), 536–544.

Valdebenito, S., Baidawi, S., Rankin, S., Jiang, J., Smith, S., Lewis, J. & Shlonsky, A. (2025). Communities That Care: Toolkit technical report. Youth Endowment Fund / National Children’s Bureau. youthendowmentfund.org.uk/toolkit/communities-that-care

Fin
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