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N° 01juin 2023Recherche

Le système Communities That Care, expliqué

Coopération intersectorielle, travail fondé sur les données probantes et mise en œuvre durable sont les trois défis de la prévention communale, et Communities That Care a été conçu pour relever les trois. Une présentation adaptée du système, de sa théorie du changement, de ses cinq phases et des données qui l’étayent, d’après un article de 2023 évalué par les pairs.

Auteurs
Ulla Walter, Frederick Groeger-Roth et Dominik Röding
Publié
· 34 min de lecture
Série
Magazine CTC
21Sommaire
  1. 01Résumé
  2. 02Introduction : trois défis
  3. Défi 1 : franchir les frontières sectorielles
  4. Défi 2 : travailler à partir des données probantes
  5. Défi 3 : ancrer sur le long terme
  6. 03Le système de prévention
  7. Développement aux États-Unis
  8. Les fondements théoriques et empiriques
  9. Efficacité
  10. 04Les instruments
  11. Analyse des besoins et évaluation : l’enquête CTC auprès des jeunes
  12. Mesures fondées sur des données probantes : un registre
  13. 05L’intervention systémique au niveau communal
  14. Phase 1 : se préparer à CTC
  15. Phase 2 : introduire CTC et construire le soutien
  16. Phase 3 : établir un profil communautaire
  17. Phase 4 : élaborer un plan d’action
  18. Phase 5 : mettre en œuvre le plan d’action
  19. 06Franchir une frontière : ce que montre l’adaptation allemande
  20. 07Conclusion et perspectives
  21. 08Références

Résumé

La coopération intersectorielle, le travail fondé sur les données probantes et la mise en œuvre durable sont des défis centraux de la promotion de la santé au niveau communal. Le système de prévention international Communities That Care (CTC) répond aux trois. Par une stratégie systémique à plusieurs niveaux, il vise à prévenir l’abus d’alcool et de drogues, la violence, la délinquance, le décrochage scolaire et les symptômes dépressifs chez les adolescents. Développé aux États-Unis, le système y a fait la preuve de son efficacité et de son rapport coût-efficacité, et il a depuis été transféré dans plusieurs pays européens.

CTC est ancré dans la théorie et dans les données empiriques et suit un modèle de processus en cinq phases. La formation d’une coalition intersectorielle, dont les membres reçoivent conseils et formation pendant plusieurs années, est essentielle à l’acceptation et à une mise en œuvre fondée sur les données probantes. Les acteurs locaux sont mis en mesure de déployer un modèle de changement de système au niveau communal et de le mettre en œuvre sur le long terme. L’objectif est de sélectionner des mesures fondées sur des données probantes à partir des données et des besoins, et de les mettre en œuvre en tenant compte des conditions locales, afin de réduire les , de renforcer les et d’améliorer ainsi la santé des jeunes. Des instruments validés, l’enquête CTC auprès des jeunes et un registre de programmes fondés sur des données probantes, soutiennent le processus.

En tant qu’intervention systémique, CTC intègre les structures et les organisations locales existantes et les lie à l’ensemble du processus par de nouvelles instances de décision et de développement. Le potentiel d’une commune peut ainsi être exploité aussi pleinement que possible, les ressources mises en commun, les énergies libérées et la transparence créée.

Introduction : trois défis

La santé mentale des enfants et des jeunes, et la prévention systématique des troubles psychiques dans la première phase de la vie, figurent parmi les objectifs de santé de la plupart des pays européens, et la promotion de la santé au niveau communal est de plus en plus inscrite dans les stratégies nationales. Sur le terrain, cependant, la mise en œuvre est souvent peu coordonnée : les aides à la planification existantes restent inutilisées, et les données probantes qui étayent de nombreuses approches locales présentent des lacunes substantielles. Les stratégies à plusieurs niveaux et les transformations systémiques ont le potentiel de renforcer les compétences, d’ancrer les mesures dans les milieux de vie quotidiens et de mettre en commun les ressources. Des interventions complexes de ce type exigent une planification soigneuse et une mise en œuvre coordonnée si l’on veut relever les nombreux défis structurels, professionnels et méthodologiques.

Défi 1 : franchir les frontières sectorielles

La santé mentale des adolescents, avec ses symptômes que sont l’évitement scolaire, l’expérience de la violence, la dépression et l’anxiété, et l’addiction, concerne la santé, les services sociaux et l’éducation autant que la prévention de la criminalité. Malgré les nombreux recoupements d’objectifs et de méthodes, la coopération au niveau communal est généralement au mieux partielle, freinée par des différences de conception professionnelle, par les cadres juridiques et par des structures qui se sont développées séparément.

La mise en réseau intersectorielle et l’implication d’un large éventail d’acteurs clés sont considérées comme des facteurs de réussite pour ouvrir des champs d’action, des données locales et des ressources. Un réseau intersectoriel est un système dynamique, soumis à un processus long qui vise à transformer les cultures et les pratiques organisationnelles, ainsi que la conception de la santé et de la manière de la promouvoir. Le développement des capacités est essentiel à une coopération intersectorielle réussie et durable : une mission partagée, la participation, des stratégies guidées par des modèles et des théories, et une communication transparente (Walter et al., 2019).

Défi 2 : travailler à partir des données probantes

Le travail fondé sur les données probantes est considéré comme central si la prévention et la promotion de la santé doivent s’établir durablement comme un pilier solide du système de santé. Jusqu’ici, ce potentiel reste largement inexploité dans la plupart des pays. Dans la pratique, on connaît mal l’intérêt de s’appuyer sur des données probantes, et mal aussi les résultats nationaux et internationaux déjà disponibles ; la pertinence des recommandations fondées sur les données probantes est souvent encore contestée, et perçue comme heurtant des principes fondamentaux de la promotion de la santé tels que la participation. Pour favoriser des décisions fondées sur les données probantes, ou mieux, éclairées par elles, les connaissances sur les origines de la santé (mentale), les théories du changement et les données disponibles doivent être préparées sous une forme que la pratique et la politique peuvent utiliser. Une base de données rassemblant des preuves d’efficacité évaluées de façon systématique est la voie reconnue pour aider les acteurs locaux à choisir des programmes ; la page consacrée aux registres de programmes probants décrit les registres européens et nationaux qui existent à cette fin.

De nombreux programmes évalués, la plupart centrés sur le comportement individuel, existent aujourd’hui en Allemagne et dans d’autres pays européens ; dans les données de langue allemande, comme attendu, les effets des programmes universels se situent dans une fourchette faible à modérée (Beelmann et al., 2014). Pour leur efficacité, la qualité de la mise en œuvre est particulièrement importante. Les modifications pragmatiques faites en cours de route, pourtant fréquentes, sont à éviter ; une adaptation réfléchie et culturellement sensible est plus efficace (Sundell et al., 2016).

Défi 3 : ancrer sur le long terme

Si la prévention et la promotion de la santé doivent devenir un pilier solide du système de santé, elles doivent aussi être ancrées de façon systémique dans la commune, et les mesures prises doivent faire l’objet d’un développement continu de la qualité. Cela exige non seulement un consensus entre toutes les personnes impliquées, mais aussi leur formation et un soutien instrumental.

Communities That Care, développé aux États-Unis et désormais utilisé sur plusieurs continents, les auteurs citaient, au moment de la rédaction, les États-Unis, le Canada, l’Allemagne, la Suède, la Suisse, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, Chypre, la Croatie, l’Australie, la Colombie et le Chili, répond aux trois défis. Il part de la commune comme milieu de vie englobant et y associe les autres milieux de la vie quotidienne et les systèmes de services. (La page Europe de ce site suit les lieux où le système est actif aujourd’hui.)

Cet article vise (1) à donner une vue d’ensemble du système de prévention CTC et de ses éléments centraux, (2) à exposer les données probantes existantes et (3) à décrire, avec un pays européen comme exemple, comment le système est adapté lorsqu’il franchit une frontière.

Le système de prévention

Développement aux États-Unis

Le concept CTC, développé aux États-Unis par un groupe de recherche interdisciplinaire, remonte au début des années 1980 (Hawkins, 1999 ; Hawkins & Catalano, 2005). L’objectif initial était de concevoir, sur des fondements théoriques et empiriques solides, une approche efficace de prévention de l’abus de substances, de la violence et de la délinquance chez les adolescents (Harachi et al., 1996). À partir de la fin des années 1980, le développement du système CTC a fusionné avec les idées de la promotion de la santé, avant tout (Fagan et al., 2019) : (1) la combinaison d’interventions visant le comportement individuel et d’interventions visant les conditions de vie, (2) une focalisation sur les facteurs de risque et de protection, et (3) l’autonomisation des communautés pour identifier objectivement leurs besoins locaux de prévention et de promotion de la santé et pour agir efficacement sur ceux-ci. Dans les années 1990, CTC a été développé plus avant dans un processus participatif avec 472 communautés des États-Unis et testé sur plus de 500 sites (Fagan et al., 2019). Au cours de cette phase se sont accumulées les données montrant que l’effet sur la santé de la promotion de la santé communautaire dépend de la réponse à des besoins locaux spécifiques et de l’appropriation des mesures préventives par la communauté (Harachi Manger et al., 1992).

Au cœur de la poursuite du développement de CTC se trouvait la tentative de surmonter deux problèmes répandus (Hawkins et al., 2008a) : (1) le recours à des mesures sans données scientifiques suffisantes et (2) la mise en œuvre inadéquate de mesures dont l’efficacité avait été démontrée. De nombreuses études avaient aussi montré que les réseaux communautaires participatifs de prévention et de promotion de la santé ne conduisent pas, à eux seuls, à une promotion de la santé communautaire efficace (Hawkins et al., 2008a).

Les concepteurs de CTC ont donc intégré au système les facteurs considérés comme des conditions préalables à une coopération intersectorielle efficace au niveau local, la coalition communautaire (Hawkins et al., 2008a) : (1) des objectifs et des résultats clairement définis et mesurables, (2) la mise en place de sources de données de haute qualité et d’un système de suivi, (3) le recours à des programmes fondés sur des données probantes, combiné à un suivi et à une gestion de la qualité, et (4) l’évaluation des programmes mis en œuvre au regard de résultats significatifs.

Le cœur du système de prévention CTC (Hawkins et al., 2008a ; Gloppen et al., 2016) est le rassemblement et la formation des décideurs communaux, et la construction ou l’extension d’un réseau communal de coopération pour la prévention et la promotion de la santé. Cette intervention systémique (décrite ci-dessous) repose sur cinq phases, chacune avec ses propres repères et jalons, qui aident la communauté à suivre et à piloter l’avancement de sa mise en œuvre (pour les détails, voir Quinby et al., 2008).

Les fondements théoriques et empiriques

Dès l’origine, CTC s’est appuyé sur des concepts théoriques et des résultats empiriques, esquissés ici.

Le concept de facteurs de risque et de protection en est le fondement central. Les charges et les ressources de l’enfance et de l’adolescence façonnent substantiellement le développement des jeunes, la formation des comportements liés à la santé et leur santé (mentale). La résilience individuelle est étroitement liée à des facteurs contextuels dans la famille, le groupe de pairs, l’école et le (Bengel et al., 2009 ; Rönnau-Böse & Fröhlich-Gildhoff, 2015). Les facteurs se recoupent considérablement dans leurs effets ; ils agissent sur un large éventail de problèmes et de comportements psychosociaux (O’Connell et al., 2009 ; Hawkins et al., 2004), et les profils de risque diffèrent à petite échelle entre villes, arrondissements et quartiers (Monahan et al., 2014). Cela permet de s’attaquer aux charges particulières d’un lieu, de renforcer ses ressources et de faire de la prévention dans plusieurs domaines de problèmes à la fois.

Le (MDS), la théorie développementale qui sous-tend l’approche CTC, s’appuie sur les facteurs de protection (Hawkins & Weis, 1985 ; Catalano & Hawkins, 1996). Les renforcer dans les milieux de vie nommés ci-dessus, par la participation, le développement des compétences et une culture de la reconnaissance, sert l’objectif de promouvoir des comportements sains chez les enfants et les jeunes. Cela passe par des attachements plus forts aux personnes et aux milieux qui servent de modèles de comportement. L’article original représente le modèle comme une séquence ascendante : les caractéristiques individuelles sont prises en compte ; les familles, les écoles, les quartiers et les groupes de pairs offrent des opportunités de participation, développent les compétences et accordent de la reconnaissance ; de là naissent des attachements personnels et structurels à ces milieux ; les milieux transmettent des normes sociales, des valeurs et des repères clairs ; et le résultat est le développement positif des enfants et des jeunes (d’après Hawkins, 1999).

La théorie du changement de CTC cartographie l’ensemble du système de prévention, avec les résultats à court, moyen et long terme attendus aux niveaux macro, méso et micro, dans un modèle logique. Les interventions systémiques comme la coopération intersectorielle deviennent ainsi une approche à part entière de prévention et de promotion de la santé aux niveaux macro et méso, afin d’obtenir des changements en particulier aux niveaux méso et micro. Le modèle logique, élargi à partir de Hawkins et al. (2008a), se déroule en six étapes :

  1. Intrants : conseils, formation, instruments et services.
  2. Processus (à partir de 12 mois) : une équipe qui fonctionne et une coalition capable d’agir.
  3. Résultats à court terme (à partir de 24 mois) : adoption d’une approche fondée sur la science ; coopération et soutien à la prévention ; orientations normatives partagées ; une stratégie de développement social.
  4. Extrants (à partir de 24 mois) : sélection et introduction de programmes de prévention adaptés et efficaces.
  5. Résultats intermédiaires (à partir de 36 mois) : réduction des facteurs de risque et renforcement des facteurs de protection.
  6. Résultats à long terme (à partir de 60 mois) : moins de comportements problématiques et une meilleure santé.

Les premières étapes relèvent du niveau macro de la commune, celles du milieu du niveau méso des milieux de vie comme les écoles, et les dernières du niveau micro de l’individu. Le modèle suppose (1) que les mesures pédagogiques, formation et accompagnement du processus, renforcent les compétences des personnes impliquées et leur coopération, et soutiennent la construction de structures et de ressources (capacité de la coalition) ; (2) que les coalitions ainsi construites provoquent une transformation du système dans la commune (davantage de pratiques fondées sur la science et de coopération interorganisationnelle, un changement des normes liées à la santé, l’établissement d’une stratégie de développement social) ; (3) que les communes répondent à leurs besoins locaux identifiés empiriquement par des mesures fondées sur des données probantes et pilotent ce processus sous assurance qualité ; et (4) que chez les enfants et les jeunes, les facteurs de risque contextuels diminuent et les facteurs de protection augmentent, que les comportements problématiques cèdent la place à des comportements plus sains, et qu’en fin de compte la santé (mentale) des adolescents s’améliore.

Efficacité

La (CYDS), aux États-Unis, a examiné l’efficacité et le rapport coût-efficacité de CTC et continue de le faire dans une étude de longue durée. Cet essai contrôlé randomisé porte sur 24 communautés de sept États américains (Hawkins et al., 2008a). De nombreuses publications sur les effets à court, moyen et long terme aux différents niveaux sont désormais disponibles, chacune suivant le modèle logique ci-dessus.

Au niveau macro, le degré de prévention et de promotion de la santé fondées sur la science a nettement augmenté. La probabilité d’atteindre le niveau le plus élevé du score d’adoption, c’est-à-dire le degré d’appropriation d’une approche de la prévention fondée sur la science, était plus de cinq fois plus élevée pour les communautés CTC que pour les communautés témoins (rapport de cotes [OR] = 5,37 ; Brown et al., 2011). L’effet était encore décelable cinq ans plus tard (OR = 4,0 ; intervalle de confiance [IC] à 95 % 2,51–5,49 ; Quinby et al., 2008). Il dépend du succès du développement des capacités de la coalition (Shapiro et al., 2015) et il est médié par l’acquisition de nouvelles compétences en prévention et par la mise en réseau interorganisationnelle. La qualité déjà élevée de la mise en œuvre des mesures fondées sur des données probantes s’est maintenue au fil des années et était encore manifeste deux ans après la fin de l’étude (Fagan et al., 2012).

Au niveau méso, les premiers effets étaient visibles un peu moins de trois ans, et dans certains cas 1,67 an, après que les mesures fondées sur des données probantes eurent été ciblées sur les besoins identifiés (Hawkins et al., 2008b). Dans un modèle multivarié, les facteurs de risque que chaque communauté CTC avait priorisés ont légèrement diminué en moyenne, par exemple le faible engagement envers l’école, les amis adoptant des comportements problématiques, les conflits familiaux, les attitudes rebelles et les normes communautaires tolérantes envers la consommation d’alcool et de drogues des adolescents.

Au niveau micro, les enfants et les jeunes hors des communautés CTC présentaient, par rapport à ceux qui y vivaient, des incidences plus élevées de première consommation d’alcool (OR = 1,60 ; p < 0,05), de première cigarette (OR = 1,79 ; p < 0,05), de premier comportement délinquant (OR = 1,41 ; p < 0,05) et de première consommation de tabac sans fumée (OR = 2,34 ; p < 0,01 ; Hawkins et al., 2009). Les adolescents hors des communautés CTC présentaient aussi des prévalences plus élevées de consommation d’alcool (OR = 1,25 ; IC à 95 % 1,04–1,52), de consommation de tabac sans fumée (OR = 1,79 ; IC à 95 % 1,23–2,62), d’alcoolisation ponctuelle importante (OR = 1,40 ; IC à 95 % 1,07–1,84) et de comportements délinquants (OR = 1,34 ; IC à 95 % 1,20–1,49 ; Hawkins et al., 2009). Les effets à long terme étaient encore manifestes lorsque la cohorte d’élèves de cinquième année avait atteint l’âge de 21 ans (Fagan et al., 2019).

Avec PROSPER, une intervention utilisée uniquement aux États-Unis (Spoth et al., 2013), CTC est ainsi la seule approche pour laquelle des essais randomisés montrent des effets au niveau communautaire. Selon une analyse de médiation, 96 % de la prévalence plus faible des comportements problématiques chez les élèves des communautés CTC est attribuable à leur adoption plus forte d’une approche de la prévention fondée sur la science (Brown et al., 2014).

Les évaluations économiques montrent que CTC est aussi un bon investissement en termes monétaires. Avec des coûts de mise en œuvre de 556 dollars américains par adolescent, le bénéfice net après cinq ans était de 3 920 dollars par adolescent, soit un rapport bénéfices-coûts de 8,22 pour 1 (Kuklinski et al., 2015). Les analyses à long terme, douze ans après la mesure initiale, lorsque les participants avaient 23 ans, montrent un rapport bénéfices-coûts de 12,88 pour 1 pour les résultats principaux (alcool, drogues, comportements antisociaux) ; si l’on inclut des résultats secondaires comme l’achèvement de la scolarité, le rapport monte à 30,62 pour 1 (Kuklinski et al., 2021).

La page Données probantes de ce site met ces résultats en regard de la réplication australienne, de l’évaluation allemande et du verdict plus prudent rendu en 2025 par le Youth Endowment Fund britannique.

Les instruments

Analyse des besoins et évaluation : l’enquête CTC auprès des jeunes

L’enquête auprès des jeunes est une composante essentielle du système CTC. Le questionnaire en ligne couvre les domaines de la violence, de la délinquance, de l’abus d’alcool et de drogues, du décrochage scolaire, des grossesses à l’adolescence, des symptômes dépressifs et du bien-être. Il recense aussi les facteurs de risque et de protection dans quatre domaines, illustrés ici par des exemples tirés de l’adaptation allemande (Groeger-Roth et al., 2015) :

  • Famille (risque : problèmes de gestion familiale, approbation parentale des comportements antisociaux ; protection : cohésion familiale, opportunités familiales de participation prosociale) ;
  • École (risque : retard scolaire, manque d’engagement envers l’école ; protection : opportunités scolaires et reconnaissance de la participation prosociale) ;
  • Enfants et jeunes (risque : aliénation et rébellion, amis présentant des comportements antisociaux ou consommant des substances ; protection : convictions morales et normes claires, interactions avec des pairs prosociaux) ;
  • Quartier (risque : désorganisation sociale et manque d’attachement au quartier, disponibilité perçue de l’alcool, du tabac, des drogues et des armes ; protection : opportunités et reconnaissance de la participation prosociale).

Lorsque CTC franchit une frontière, l’enquête est traduite, adaptée et revalidée. La version allemande, par exemple, a été testée sur un échantillon représentatif et s’est révélée transférable en pratique, moyennant des modifications méthodologiques (Groeger-Roth et al., 2015). Les valeurs de référence comptent aussi : là où une région mène sa propre enquête périodique, la Basse-Saxe interroge un échantillon représentatif d’élèves tous les deux ans depuis 2013 (Soellner et al., 2018), une commune peut lire son profil au regard de ce repère et dire quelque chose de précis sur ses besoins locaux. La page consacrée à l’enquête auprès des jeunes décrit l’instrument et ses adaptations européennes plus en détail.

Mesures fondées sur des données probantes : un registre

La quatrième phase de CTC demande à une communauté de faire correspondre ses facteurs priorisés à des programmes à l’effet démontré. Cela exige un registre de programmes examinés selon des normes explicites de preuve. L’original américain est Blueprints for Healthy Youth Development ; plusieurs pays européens ont depuis construit le leur, et le registre européen Xchange recense les interventions évaluées en Europe. Là où aucun registre n’existait, CTC a été la raison d’en construire un : le registre allemand a été créé en 2011 spécifiquement pour soutenir le processus CTC et il est aujourd’hui connu bien au-delà (Groeger-Roth, 2015 ; Brender et al., 2024). La page consacrée aux registres de programmes probants expose les options qui s’offrent à une communauté européenne.

L’intervention systémique au niveau communal

Le système de prévention CTC se compose de cinq phases, qui correspondent au cycle d’action de la santé publique (définition du problème, formulation de la stratégie, mise en œuvre, évaluation) et au cycle planifier-réaliser-vérifier-agir. Sur l’ensemble de la période, qui peut dépasser deux ans, les personnes impliquées sont formées en cinq modules de formation et accompagnées par des consultants de processus. Des instruments spécifiques, avec des objectifs, des jalons et des repères définis, servent l’assurance et le développement de la qualité et soutiennent le processus.

Sur la base des supports, des formations, des enquêtes et des conseils fournis, les acteurs locaux sont mis en mesure de déployer au niveau communal un modèle de changement de système fondé théoriquement et empiriquement, et de le mettre en œuvre sur le long terme. L’objectif est de sélectionner des mesures fondées sur des données probantes à partir des données et des besoins, et de les mettre en œuvre en tenant compte des conditions locales, afin de réduire les facteurs de risque, de renforcer les facteurs de protection et d’améliorer ainsi la santé des jeunes. En tant qu’intervention systémique, CTC intègre les structures et les organisations locales existantes et les lie, avec les habitants, à l’ensemble du processus par de nouvelles instances de décision et de développement. Le potentiel d’une commune peut ainsi être exploité aussi pleinement que possible, les ressources mises en commun, les énergies libérées et la transparence créée.

Phase 1 : se préparer à CTC

D’abord, les conditions structurelles et humaines préalables à l’établissement de CTC dans la commune sont créées. Cela comprend la formation d’un groupe restreint de décideurs issus des institutions centrales, l’identification d’une personne clé qui portera l’ensemble du processus dans la commune, et la décision sur qui coordonnera CTC. Les réseaux existants peuvent être utilisés et, si nécessaire, étendus. Les conditions-cadres nécessaires doivent aussi être clarifiées et convenues.

Phase 2 : introduire CTC et construire le soutien

Une enquête auprès des enfants et des jeunes est menée et analysée par un organisme externe afin d’établir la situation de départ et les besoins de prévention (facteurs de risque élevés, facteurs de protection faibles ; voir la phase 3). Un comité de pilotage est constitué, présidé par une personne influente, en règle générale le maire ou le chef de l’administration du district. Un , à constituer en même temps, doit réunir les institutions locales les plus importantes et des experts de la santé des enfants et des adolescents, de la prévention et de la promotion de la santé.

Phase 3 : établir un profil communautaire

Au centre se trouvent l’identification et la priorisation des principaux facteurs de risque et de protection et des comportements problématiques. Outre l’enquête auprès des jeunes, le profil s’appuie sur les données régionales de surveillance sanitaire, sur des données administratives telles que le nombre de dossiers de l’aide à l’enfance et les indicateurs de défavorisation sociale, et sur les statistiques policières de la criminalité. Les offres existantes de prévention et de promotion de la santé sont également analysées, afin d’utiliser les structures et l’expertise en place, de combler les lacunes et d’éviter les doublons.

Phase 4 : élaborer un plan d’action

Les personnes impliquées définissent des objectifs vérifiables pour les comportements problématiques à traiter, le renforcement des facteurs de protection et la réduction des facteurs de risque. À cette fin, des programmes fondés sur des données probantes sont sélectionnés dans un registre selon les besoins, et un concept est élaboré pour articuler les offres existantes avec celles nouvellement sélectionnées. Il est essentiel que le comité de pilotage approuve le plan d’action, afin que la commune s’approprie le plan et que les ressources nécessaires soient mises à disposition.

Phase 5 : mettre en œuvre le plan d’action

Les mesures sélectionnées sont maintenant mises en œuvre et déployées. La structure organisationnelle requise est réexaminée, d’autres institutions sont associées si nécessaire et des accords de coopération sont conclus. Cette phase n’a pas de limite dans le temps. Pour mesurer les changements au niveau comportemental dans les facteurs de risque et de protection que la commune a priorisés, l’enquête auprès des jeunes est répétée tous les deux à trois ans. Elle fournit aussi la base de l’ajustement du plan d’action.

Les communes diffèrent fortement par leurs points de départ et leurs conditions-cadres pour un concept comme CTC. Une condition importante est la taille de la commune, et la complexité du paysage local des acteurs qui en découle. En Allemagne, CTC a été mis en œuvre avant tout dans des districts ruraux et de petites communes, mais il existe désormais des expériences positives dans de plus grandes villes aussi : une grande ville a rapporté que CTC avait, entre autres, amélioré la coopération entre les services de planification de la jeunesse, des écoles, de l’urbanisme et de la santé au sein de l’administration municipale.

Franchir une frontière : ce que montre l’adaptation allemande

CTC a été adapté au contexte allemand entre 2009 et 2012 dans le cadre d’un projet pilote financé par l’UE et conduit par le Landespräventionsrat Niedersachsen, le conseil de prévention de la criminalité du Land de Basse-Saxe. Le transfert a porté sur (1) le concept d’intervention systémique au niveau communal, (2) l’enquête auprès des jeunes et (3) un registre de programmes probants. Après une étude de faisabilité (Schubert et al., 2013), CTC est mis en œuvre comme programme régulier en Basse-Saxe depuis 2013 (Groeger-Roth, 2018), et un bureau national de transfert fondé en 2018 soutient la mise en œuvre dans d’autres Länder. Le concept s’adresse à des communes de taille et de structure différentes, districts, villes et arrondissements urbains, et une délibération du conseil municipal est une condition préalable à la participation, afin de s’assurer d’une large acceptation locale et d’une réelle disposition à s’engager. Comme dans l’original américain, le système CTC allemand repose sur le Modèle du développement social, le modèle logique et l’intervention en cinq phases.

L’adaptation a été avant tout structurelle et culturelle. Contrairement aux États-Unis, CTC en Allemagne s’appuie en règle générale sur les structures et les réseaux existants et peut les étendre en personnel et en structure. Alors que les bénévoles dominent les coalitions communautaires aux États-Unis, l’Allemagne travaille principalement avec les structures professionnelles en place. La formation d’accompagnement a été ajustée en conséquence, et les instruments CTC ont été adaptés sur le plan linguistique et culturel. Une grande partie de cela vaut probablement pour d’autres États-providence européens, où une commune qui réunit à une même table les écoles, les services de jeunesse, les services de santé et la police rassemble des professionnels qui existent déjà au lieu de recruter des bénévoles qui n’existent pas.

Conclusion et perspectives

Les interventions visant les conditions de vie, et les interventions combinées visant à la fois le comportement et les conditions de vie, sont mises en œuvre et évaluées moins souvent que leur importance reconnue ne le laisserait penser, en partie à cause de leur complexité et du manque de protocoles d’étude adéquats. Cela vaut aussi pour la prévention et la promotion de la santé au niveau communal, avec leur pilotage systémique de coalitions intersectorielles. Précisément pour les interventions complexes qui agissent sur le long terme, les changements de santé (mentale) chez les bénéficiaires finaux sont rarement mesurés, et l’articulation des paramètres d’extrants et de résultats, comme celle des données primaires et secondaires, fait souvent défaut.

C’est là qu’intervient le système de prévention CTC. Avec une mise en œuvre soigneuse et un soutien intensif aux communes, des effets positifs apparaissent à chaque niveau, et ils durent.

CTC est une stratégie d’intervention fondée sur des données probantes, ancrée de façon cohérente dans la théorie, qui intègre les résultats empiriques et est mise en œuvre sous assurance qualité. Son objectif est de permettre aux communes de développer une stratégie adaptée localement pour prévenir les problèmes psychosociaux chez les adolescents. Ce faisant, CTC tente de concilier les exigences des données probantes et de la participation, afin d’obtenir l’acceptation la plus large possible d’une approche fondée sur la science. Transférée en Allemagne il y a une quinzaine d’années et adaptée structurellement et avec sensibilité culturelle, l’intervention systémique s’est depuis diffusée dans plusieurs Länder, et des adaptations existent dans plusieurs autres pays européens.

Au moment de la rédaction de l’article original, une étude financée par l’État fédéral, CTC-EFF (2020–2023), examinait dans un essai contrôlé non randomisé en grappes si les effets de l’étude américaine originale peuvent être reproduits en Allemagne, dans 22 paires appariées de communes CTC et de comparaison de taille et de structure sociale variées, dans quatre Länder (Röding et al., 2022, 2026). De premières analyses transversales ont montré des associations nettes : les communes dotées d’une forte coopération en matière de prévention mettent en œuvre une prévention fondée sur la science beaucoup plus souvent (OR 26,05), de même que les communes dotées d’un fort pouvoir communautaire (OR 19,29 ; Birgel et al., 2023a) ; et là où la capacité communale globale de prévention est plus élevée, les adolescents consomment moins souvent des substances (OR 0,28 ; pour l’alcool OR 0,30, pour le tabac OR 0,09 ; Birgel et al., 2023b). Les deux articles reposent sur des données transversales et démontrent des associations, non des effets causaux.

Références

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