Introduction : un enfant du travail social
Le malentendu le plus répandu au sujet de Communities That Care (CTC) est que l’approche serait trop orientée vers les déficits : trop éloignée de la vie quotidienne, trop technocratique, une importation de la santé publique qui distribue questionnaires et manuels par-dessus la tête des praticiens. La prémisse est fausse. CTC ne vient pas d’une culture professionnelle étrangère mais du travail social lui-même. Il a été développé au sein du Social Development Research Group de la School of Social Work de l’Université de Washington, autour de J. David Hawkins et Richard F. Catalano, et ses auteurs le décrivent explicitement comme « a model of social work practice », un modèle de pratique du travail social, selon quatre principes fondamentaux de la profession : informé par les données probantes, ancré écologiquement (la personne dans son environnement), fondé sur les forces et favorisant la justice (Haggerty & Shapiro, 2013).
CTC incarne ainsi un idéal professionnel du travail social, et il associe cet idéal à quelque chose que la profession a traditionnellement eu du mal à produire : des preuves systématiques d’efficacité à l’échelle d’un système entier. Plus encore, l’approche répond à des problèmes que le travail social auprès des enfants et des jeunes, en Europe comme ailleurs, diagnostique depuis longtemps en son propre sein. La vraie question n’est donc pas de savoir si CTC convient au travail social, mais ce qu’il lui apporte.
Les réserves des praticiens méritent néanmoins d’être prises au sérieux : la crainte d’une focalisation sur les déficits, la négligence du vécu et de la relation professionnelle, le risque d’une « technocratisation » où le tact pédagogique cède la place à la fidélité à un manuel. L’objection a une origine intellectuelle de premier rang : le « déficit technologique » décrit par Luhmann et Schorr (1982), l’idée que les systèmes qui entreprennent de changer des personnes, comme l’éducation et le travail social, manquent structurellement d’une technologie causale fiable, parce que leur vis-à-vis est un sujet participant et autodéterminé. Cet article confronte les objections aux principes directeurs du travail social, expose ce que CTC apporte aux services pour l’enfance et la jeunesse, et lit avec soin les données probantes, qui se sont étoffées.
Les principes directeurs du travail social
Le travail social auprès des enfants et des jeunes est façonné par des principes à l’aune desquels tout système de prévention doit être mesuré. Le vocabulaire diffère d’un pays à l’autre ; le fond, lui, est le même partout.
- Orientation vers la vie quotidienne : le but est de rendre possible une vie quotidienne plus réussie dans le milieu même de la vie quotidienne, en respectant la manière dont les personnes se débrouillent déjà dans les dimensions du temps vécu, de l’espace vécu et des relations sociales (Grunwald & Thiersch, 2018). Le principe de proximité en découle : les mesures qui soutiennent les ressources déjà présentes « sur le terrain » priment sur celles qui créent leurs propres dispositifs et se substituent au monde propre des personnes.
- Orientation vers les ressources et la capacité à faire face : ce sont les forces et le travail pour faire face qui sont au centre, pas les déficits. Le paradigme de la maîtrise de la vie de Böhnisch saisit la quête de capacité d’agir dans les situations critiques où l’équilibre psychosocial est menacé, et la rattache aux conditions socio-structurelles (Böhnisch, 1997). C’est un pont vers la logique des et des .
- Orientation vers le quartier : la pratique territoriale part de ce que les personnes veulent et de ce qui les intéresse, donne la priorité au travail d’activation sur la prise en charge, s’oriente vers les ressources personnelles et locales, travaille au-delà des groupes cibles et des services, et repose sur la mise en réseau et la coopération des services (Budde, Früchtel & Hinte, 2006).
- Participation et empowerment : l’article 12 de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant donne à chaque enfant le droit d’être entendu dans toute question l’intéressant, eu égard à son âge et à sa maturité, et la plupart des lois européennes de protection de l’enfance réaffirment cette obligation pour les services publics. Professionnellement, cela signifie prendre au sérieux les personnes que nous servons comme les experts de leur propre situation. L’empowerment opère à quatre niveaux – individuel, collectif, institutionnel et communautaire (Herriger, 2014) – et s’il est réduit au niveau individuel, les problèmes structurels sont discrètement dépolitisés.
Ce que CTC apporte aux services pour l’enfance et la jeunesse
Le travail social nomme ses propres faiblesses. Une évaluation nationale des services à la jeunesse orientés vers les résultats en Allemagne a constaté que la recherche systématique sur les effets était pratiquement absente en pédagogie sociale et en travail social, et qu’une grande partie de ce qui en tenait lieu consistait en autoévaluations, évaluations formatives et enquêtes (Albus et al., 2010). Les lecteurs d’autres pays européens reconnaîtront le schéma, et ce qui l’accompagne : le cloisonnement des services, qui rend difficile la construction de dispositifs sur mesure et transversaux (Früchtel, Cyprian & Budde, 2013) ; une planification des services à l’enfance pauvre en données, sans obligation de suivi intégré à petite échelle territoriale (Gehne & Schröpler, 2020) ; et le dilemme de la prévention, où les offres universelles atteignent les groupes qui n’ont jamais été très exposés et atteignent le moins les groupes les plus en difficulté (Bauer, 2005) – la loi des soins inversés transposée au travail avec les jeunes. Tout cela sous une double pression de justification, venue de budgets serrés et d’un scepticisme croissant quant aux effets (Albus et al., 2010).
C’est exactement là que CTC entre en jeu, en faisant passer les principes directeurs du travail social lui-même du stade de la déclaration programmatique à celui de la pratique vérifiable :
- Une coopération qui engage. CTC réunit à une même table les services par ailleurs cloisonnés – services de jeunesse, écoles, santé, police, société civile – et leur donne, dans les facteurs de risque et de protection, un langage professionnel commun. L’effet attendu croît avec l’ampleur : « the greater the number of sectors involved in CTC, the greater the expected community-level change » (plus le nombre de secteurs impliqués dans CTC est grand, plus le changement attendu au niveau de la communauté est grand ; Haggerty & Shapiro, 2013). Une déclaration d’intention de coopérer devient une structure de travail permanente, le .
- Un besoin mesuré. Là où la planification repose sinon sur l’intuition et sur ce qui se trouve être proposé, CTC utilise une enquête anonyme auprès des élèves pour produire un profil à petite échelle territoriale des facteurs de risque réellement élevés et des facteurs de protection réellement faibles, et fixe ses priorités sur cette base. L’instrument a été validé dans plusieurs pays européens ; la version allemande, par exemple, est psychométriquement solide et valide au regard de la violence, de la délinquance, de la consommation de substances et des symptômes dépressifs (Reder et al., 2024). La planification pauvre en données gagne une image empirique de son propre .
- Des programmes évalués. Les facteurs priorisés sont couplés à des programmes dont l’effet a été testé, au moyen d’un registre de programmes probants : le registre européen Xchange, ou un registre national là où il existe (Brender et al., 2024, décrivent le registre allemand). Ce ne sont plus la disponibilité et l’habitude qui décident du choix, mais l’effet démontré. C’est la réponse méthodologique au déficit d’efficacité que la profession nomme en son sein.
- Une prévention proportionnée aux besoins. Parce que CTC travaille quartier par quartier et investit davantage là où la charge est plus lourde, il suit ce que la Marmot Review appelle l’« universalisme proportionné » : les offres restent universelles par principe, mais leur intensité augmente avec la défavorisation du quartier (Marmot Review, 2010). Dans les termes de Rose, CTC déplace toute la distribution du risque d’une communauté plutôt que de repérer des cas individuels à haut risque (Rose, 1992). Cela atténue le dilemme de la prévention entre quartiers. Cela ne l’abolit pas (voir ci-dessous).
- Une structure plutôt qu’un projet. CTC investit dans la construction de la capacité communale, pas dans un énième projet à durée limitée – la réponse au tropisme bien connu de la prévention pour la forme « projet » et au manque de pérennité qui l’accompagne (Wohlgemuth, 2009). Les premiers résultats allemands montrent que les communes à plus forte capacité ne travaillent pas seulement plus souvent à partir des données probantes ; leurs adolescents consomment aussi moins d’alcool, de tabac et de drogues, ce qui est exactement ce que la prévention est censée obtenir (démontré comme une association, pas encore comme un effet causal ; Birgel et al., 2024).
- Une légitimité par les coûts et les bénéfices. CTC est l’une des rares stratégies de prévention dotées d’un bilan économique robuste : l’étude américaine à long terme s’est conclue sur un retour d’environ 12,90 dollars par dollar investi (Kuklinski et al., 2021), un argument qui sort la prévention communale de la défensive.
Que CTC ne soit pas une pure gestion du risque tient à sa théorie. Le soutient que les opportunités de participation prosociale, les compétences et la reconnaissance renforcent l’attachement aux personnes et aux institutions prosociales, et que cet attachement agit contre le comportement antisocial (Catalano & Hawkins, 1996). CTC mesure donc et renforce délibérément les facteurs de protection (Walter et al., 2023), ce qui le rapproche du – la promotion de la compétence, du lien, de l’auto-efficacité et des normes prosociales (Catalano et al., 2004) – et de la vision salutogénique des conditions de la santé, au sens de la (Raithel, 2011). Et la crainte de la technocratisation ? Ce qui compte est la distinction entre le quoi (quel programme) et le comment (sa mise en œuvre pédagogique), pour peu que les données probantes soient correctement comprises : elles donnent au praticien non pas « direct rules or guidelines » (des règles ou des lignes directrices directes) mais « plausible hypotheses for intelligent problem solving » (des hypothèses plausibles pour une résolution intelligente des problèmes ; Otto, Polutta & Ziegler, 2009). C’est précisément cette question – de quel savoir le travail social a besoin, et jusqu’où porte une prétention à l’efficacité – qui façonne depuis longtemps le débat de la profession (Otto, Polutta & Ziegler, 2010) ; c’est aussi un avertissement à ne pas réduire l’« effet » à une notion linéaire qui ne rend pas justice à la complexité du travail socio-pédagogique (Oelerich & Otto, 2011). Les données probantes éclairent le jugement professionnel ; elles ne le remplacent pas. C’est cela, le professionnalisme réflexif.
CTC dans le paysage européen du travail social
Sur le plan disciplinaire, CTC appartient à la tradition de l’ – la ligne activatrice, participative, orientée vers les ressources et intersectorielle du travail social que Haggerty et Shapiro (2013) désignent explicitement comme le berceau de l’approche (pour la tradition germanophone, voir Stövesand, Stoik & Troxler, 2013), et qui porte bien des noms en Europe : community work, community development, Gemeinwesenarbeit, travail social communautaire, opbouwwerk. Professionnellement, le lien est direct : la plupart des lois européennes de protection de l’enfance contiennent un mandat de prévention et de promotion à côté du mandat de protection, et la plupart obligent les collectivités locales à planifier les services pour l’enfance et la jeunesse en fonction des besoins. La priorisation fondée sur les données de CTC est une manière d’honorer la seconde obligation. Les décisions sont prises dans un groupe de pilotage de décideurs clés et dans un conseil communautaire opérationnel où les institutions locales les plus importantes devraient être représentées (Walter et al., 2023). En Allemagne, où CTC a d’abord été expérimenté sur trois sites à partir de 2009, les professionnels impliqués ont largement accepté la logique du programme (Schubert et al., 2013) ; l’approche s’est depuis répandue dans des communes de plusieurs Länder, et dans un certain nombre d’autres pays européens, comme le recense la page Europe.
La participation n’est pas ici une question secondaire mais le principe de fonctionnement. CTC se déroule en cinq phases et construit une large coalition de décideurs clés, de praticiens, d’habitants, de parents et de jeunes, qui place les priorités, le choix des programmes et la mise en œuvre entre des mains locales et fait de la communauté la propriétaire de son plan d’action (Hawkins & Catalano, 1992 ; Haggerty & Shapiro, 2013). Le point de vue des jeunes est en fait le point de départ de tout le processus : leurs autodéclarations anonymes dans l’enquête auprès des élèves – un recensement exhaustif du quartier – déterminent le diagnostic et avec lui le choix des mesures. Seule reste à calibrer la profondeur de la codécision directe. La composition de la coalition se décide localement (Haggerty & Shapiro, 2013), de sorte que le degré de participation formelle des jeunes varie d’un site à l’autre – une affaire de conception locale, non de modèle.
Ainsi compris, CTC n’est pas un rival du travail social territorial mais son système d’exploitation : il rend les principes reconnus mais rarement réalisés – la vision par les ressources, la mise en réseau intersectorielle, le travail d’activation plutôt que de prise en charge – réalisables comme processus et ouverts à la vérification. Une tension demeure, au cœur même de l’approche. Le travail social territorial part de la volonté exprimée des personnes, non d’un besoin défini de l’extérieur (Hinte & Treeß, 2014) ; CTC commence, à l’inverse, par un profil de risque mesuré épidémiologiquement. Concilier la priorisation fondée sur les données avec la volonté des personnes concernées n’est pas quelque chose que l’approche résout d’elle-même ; elle confie la tâche à la pratique locale. Le point sensible est de toute façon moins l’adéquation professionnelle que la continuité. Quoi que prévoie le cadre légal d’un pays donné pour le volet structurel de la prévention – la coordination plutôt que les programmes –, il s’agit en pratique le plus souvent d’une option subordonnée qui dépend d’un cofinancement par la commune. Une coordination locale d’au moins un demi-poste doit être assurée de façon permanente, faute de quoi l’approche reste tributaire de quelques personnes (Schubert et al., 2013).
Ce que montre la recherche sur l’efficacité
Les données probantes se sont élargies et consolidées ces dernières années. Leur fondement est la , un essai contrôlé randomisé par communautés dans 24 communautés américaines auprès de 4 407 adolescents. Les constats les plus fiables en proviennent. Aux États-Unis, CTC a réduit d’environ un quart le risque cumulé de porter une arme de poing à l’adolescence (OR 0,76 ; IC à 95 % 0,70–0,84 ; Rowhani-Rahbar et al., 2023) – un indicateur central de la violence dans le contexte américain et non directement transposable à l’Europe. Et à 23 ans, douze ans après le début du programme, les jeunes adultes qui avaient grandi dans des communautés CTC présentaient encore des taux plus élevés d’abstinence durable d’alcool et de drogues ; l’analyse coûts-bénéfices, reposant sur des résultats significatifs isolés malgré des effets comportementaux dans l’ensemble modestes, a trouvé un bénéfice net d’environ 7 150 dollars américains par personne (Kuklinski et al., 2021). Hors conditions d’essai également, dans la pratique courante de 388 districts scolaires et d’un peu moins de 471 000 enquêtes auprès d’élèves en Pennsylvanie, les districts CTC présentaient des niveaux plus faibles de consommation de substances, de délinquance et de dépression (effets faibles à modérés ; Chilenski et al., 2019). Un résultat coûts-bénéfices australien (environ 2,6 dollars australiens par dollar ; Abimanyi-Ochom et al., 2024) et un résultat récent sur la violence dans des quartiers défavorisés de Denver (Kingston et al., 2026) confortent le tableau – ce dernier avec une réserve : la baisse des arrestations de jeunes pour violence n’est apparue que dans l’une des deux communautés, signe que le contexte et la qualité de la mise en œuvre décident du succès (plus sur l’étude de Denver).
Tout aussi important est ce que les données probantes n’étayent pas. Les effets à long terme de l’étude américaine concernent avant tout une initiation évitée aux comportements à risque, non le comportement actuel à 21 ans ; le test global sur l’ensemble des critères principaux a manqué de peu la significativité, et les effets étaient concentrés chez les jeunes hommes (Oesterle et al., 2018). Les effets favorables sur les facteurs de protection en 8e année (Kim, Gloppen et al., 2015) n’étaient plus détectables de façon constante en 10e année (Kim, Oesterle et al., 2015). Il existe aussi un effet de proximité dans la recherche elle-même : une part considérable des constats les plus robustes provient du groupe qui a développé l’approche ; des réplications indépendantes en Pennsylvanie, en Australie et à Denver vont dans le même sens, mais la proximité entre programme et évaluation doit rester présente à l’esprit lorsqu’on les pèse. En novembre 2025, le Youth Endowment Fund britannique a regroupé 41 tailles d’effet issues de 13 publications et a trouvé un risque relatif regroupé de 0,93 pour l’ensemble des résultats de violence et de délinquance, avec un intervalle de confiance à 95 % de 0,84 à 1,02 qui inclut l’absence d’effet ; il a classé l’approche comme étant d’impact faible et de très faible niveau de confiance, sur un ensemble d’études dont aucune ne provenait du Royaume-Uni (notre lecture du verdict).
Pour l’Europe, des preuves robustes d’effets comportementaux font encore défaut. La recherche allemande a jusqu’ici consolidé le protocole d’étude (Röding et al., 2022) et l’instrument (Reder et al., 2024). Au niveau du système communal de prévention, l’étude CTC-EFF n’a trouvé aucun effet significatif sur la période d’observation allant jusqu’à 2023 ; les auteurs l’attribuent à des progrès de mise en œuvre ralentis par la pandémie (Röding et al., 2026). Ce qui a augmenté de façon démontrable, c’est le nombre de programmes fondés sur des données probantes mis en œuvre (Decker et al., 2025), et non, jusqu’ici, le comportement des adolescents. Une méta-analyse des douze paires de sites trouve en même temps un effet global positif sur l’adoption (g = 0,57) et attribue 40,5 % de la variation entre les sites à la qualité de la mise en œuvre (von Holt et al., 2025 ; pour l’instant une communication de congrès). Les deux ne se contredisent pas : là où CTC a été bien mis en œuvre, quelque chose a bougé ; en moyenne sur tous les sites, dont la plupart ont à peine progressé pendant la pandémie, non.
La prévention proportionnée aux besoins a elle aussi une limite. Elle dose au niveau du quartier et réduit le gradient entre quartiers ; au sein du quartier défavorisé, les familles les plus en difficulté restent les plus difficiles à atteindre, parce que l’autosélection dans les services suit le même gradient social. Sans travail à bas seuil et d’aller-vers, CTC déplace le dilemme de la prévention plutôt que de le dissoudre (cf. Marmot Review, 2010). Enfin, la critique fondamentale du paradigme des facteurs de risque mérite toujours d’être prise au sérieux : une vision centrée sur le risque et les programmes peut individualiser des causes structurelles et étiqueter les jeunes (Haines & Case, 2008). Le double accent sur les facteurs de risque et de protection ne l’écarte pas ; elle reste une affaire de réflexion professionnelle.
Conclusion : rendre les principes opérationnels
CTC n’est pas un corps étranger que le travail social se laisserait imposer, mais une approche issue de ses propres rangs qui associe ses principes à un bien rare : un pilotage systématique, territorial, fondé sur les données et orienté vers les résultats. Il prend au sérieux des faiblesses que le travail social auprès des enfants et des jeunes nomme depuis longtemps en son sein – le déficit d’efficacité, le cloisonnement des services, la planification pauvre en données, le dilemme de la prévention – et fait passer les principes directeurs de la profession de la déclaration programmatique à la pratique vérifiable.
La manière responsable de le faire n’est pas mécaniquement « fondée sur les données probantes » mais informée par elles : les données probantes soutiennent le jugement professionnel sans le remplacer. Que CTC soit « plus juste socialement » dans ses effets ne dépend pas de la mesurabilité des effets, mais de la question de savoir s’il élargit les possibilités réelles des jeunes – l’étalon de l’approche par les capabilités (Otto & Ziegler, 2010). Les preuves européennes d’effet comportemental et de continuité restent à venir ; d’ici là, la force démontrée de CTC réside dans sa capacité à réaliser, méthodiquement et de façon fiable, ce que la profession n’a le plus souvent que postulé.
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